III
Quôd mini si secum taies concédera noctes Illa t élit , vite) longos et annus erit ;
Si dabit hme multas, flam immortel» in illis; Nocte une quivis vel Deus esse potest.
Pboperce.
Au temps de nos amours , en hiver, en décembre , Durant deux nuits souvent enfermés dans sa chambre , Sans ouvrir nos rideaux , sans lever nos verroux , Ardents à dévorer l'absence du jaloux , Nous avions , dans nos bras , éternisé la vie ; Tous deux , d'une ame avide et jamais assouvie ,
Redoublant nos baisers , irritant nos désirs ,
Nous n'avions dit qu'un mot entre mille soupirs ,
Nous n'avions fait qu'un rêve , — un rêve de chaumière ,
D'âge d'or, de printemps , de paisible lumière ,
De fuite ensemble au loin , d'amour au sein des bois ,
D'entretiens, chaque soir, sans fin, à demi-voix ;
Et tout cela confus , comme dans un nuage ;
Et dehors, cependant, la bise faisait rage,
Et la neige à flocons aux vitres s'entassait ;
Et lorsqu'après deux nuits le matin commençait ,
Lorsque , sans plus tarder, glissant par sa croisée ,
Je la laissais an lit haletante et brisée,
Et que, tout tiède encor de sa molle sueur,
L'œil encor tout voilé d'une humide lueur,
Le long des grands murs blancs, comme esquivant un piège,
Le nez dans mon manteau , je marchais sous la neige ,
Mon bonheur ici-bas m'avait fait immortel ;
Mon cœur était léger, car j'y portais le ciel ;
Mon pied impatient, touchant la terre à peine,
Bondissait ; et toujours je sentais son haleine
Et ses moites baisers ; et fatigue , et péril »
Et froid , j'oubliais tout : tel l'amant en avrii
S'ouvre dans les lilas sa route parfumée ,
Ou tel un jeune Dieu suit la mortelle aimée.
POUR MON AMI ULRÏC G
SONNET
Il est au monde un lieu, quel "lieu ! quelles délices ! Un bois, et dans ce bois un arbre, sous lequel J'ai tant reçu de toi de bonheur immortel , Où j'ai tant de tes yeux essuyé les calices ;
Où, tant de fois, criant comme dans des supplices, Nous avons dit au Temps qui fuit d'être éternel ; Où tu m'as tant aimé , tant appelé cruel , •
Tant brûlé du poison de tes folles malices ;
Que si jamais , un jour, une heure , un seul instant ,
Femme, redevenue ingrate et résistant,
Devant moi , sous ce Ciel qui tous deux nous regarde ,
Tu pouvais, en passant, le front haut, sans me voir, Au bal ou dans l'église insolemment t'asseoir ; — Que si tu m'oubliais jamais, —je te poignarde !
POUR MON AMI ULRIC G