A MADAME LA D. DE R
Partez , puisqu'un départ est nécessaire encore , Puisque la guérison , que notre France ignore, Vous rappelle en Bohême au murmure d'une eau ; Partez, et qu'en chemin la poussière embrasée Sur votre front pâli s'adoucisse en rosée !
Que le jour ait moins de fardeau !
Que les feux du soleil , et son char qui fermente, Rentrent sous le nuage à l'heure trop fumante ! Que votre char, à vous , n'ait secousses ni bruits ; Qu'il glisse en de longs rangs de tilleuls et de saules, Comme un doux palanquin porté sur des épaules, A la clarté des tièdes nuits !
Qu'au côté douloureux nul coup ne retentisse ! Et qu'à peine arrivée à cette onde propice , A l'urne qui bouillonne au pied des rameaux verts , Chaque flot double en vous ses vertus souveraines , Ramène la fraîcheur et la paix dans les veines , Et fonde tous graviers amers !
Partez, et que les Dieux se mêlent au voyage , Celui du bon sourire et du parfait langage , Et celui de la grâce et du noble maintien !
Et celui des beaux noms , qui , jeune et séculaire , Conserve si léger, aux mains faites pour plaire, Le sceptre qui ne blesse rien !
Non , — que le Dieu vivant, le seul qui vous connaisse , Celui de la famille et des amis qu'on laisse , Vous protège et vous garde , et vous rende aux souhaits ! Au Thil , dans votre allée où pleure le feuillage, La porte close attend, par où, vers le village, Vous vous échappiez aux bienfaits !
32a PENSÉES D'AOUT.
Près de vous à la ville, et quand un soin fidèle A , dès l'aube , aux devoirs partagé votre zèle , . Aux heures des loisirs et des riants discours, On s'assied, et d'amis une élite choisie .
Prolonge, recommence honneur et courtoisie.
Et ce charme, parfum des jours.
Ceux qui , se rencontrant dans cet aimable empire , Se sont , pour tout lien , vus à votre sourire , Si plus tard dans la vie ils se croisent encor, Soudain la bienveillance a rapproché leur ame , Car leurs destins divers et d'inégale trame Ont touché le même anneau d'or.