‹ Poésies complètesChapitre 53 sur 70 · LES ESPRITS DES MORTS · texte numérisé non relu

LES ESPRITS DES MORTS

Ton âme se trouvera seule

au milieu des noires pensées de la grise pierre tombale —

personne, dans toute la foule, pour scruter

ton heure secrète.

Sois silencieuse en cette solitude

qui n'est pas l'abandon — car

les esprits des morts qui se tenaient

dans la vie devant toi sont encor

dans la mort autour de toi — et leur pouvoir

te protégera : demeure tranquille.

La nuit — quoique claire — froncera le sourcil —

et les étoiles n'abaisseront plus leurs regards

du haut de leurs trônes dans le Ciel,

avec un éclat semblable à l'Espoir donné aux mortels —

mais leurs orbes rouges, sans rayons,

sembleront à ta lassitude

comme une brûlure et une fièvre

qui voudraient s'attacher à toi pour toujours.

Maintenant sont des pensées que tu ne banniras plus,

maintenant sont des visions qui jamais ne s'évanouiront —

de ton esprit elles ne passeront

jamais — comme les gouttes de rosée sur l'herbe.

La brise — le souffle de Dieu — est tranquille —

et la brume sur la colline

comme une ombre — comme une ombre — non encore rompue,

est un symbole et un signe —

Gomment elle demeure suspendue aux arbres,

mystère des mystères !

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