A UNE BOURSE
De doigts mignons œuvre mignonne.
Petit filet de soie et d*or, Channant toi-même et plus encor Charmant par la main qui te donne, Va, ne crains pas que je t'ordonne D'enfermer un pauvre trésor.
D'argent, les rimeurs n'en ont guère ; Mais en eussent-ils par monceau, n salirait ton frais réseau.
Ton destin sera moins vulgaire,
58 A UNE BOURSk.
Et tu seras le reliquaire
De mon cœur et de mon cerveau.
J'emplirai tes maiUes de soie De mes vers les plus parfumés.
De ces confidents bien-aimés Que nous ne voulons pas qu'on voie.
Car dans leurs plis sont notre joie Et nos désespoirs enfermés.
Et, quand Page glaçant la source De la joie et de la douleur.
Laissera languir sans chaleur Mon âme à la fin de ma course.
Je t'ouvrirai , petite bourse Qui tiens l'épargne de mon coeun
C'est elle. La voilà comme nous la voyons.
Cette beauté qui paase invjjslble au vulgaire; Voilà bien son front pur, son œil plein de rayons, Sa grâce un peu souffrante et lasse de la terre,
Cette sérénité que rien d^bumaia^ n'altère.
Ami, vous avez dû la peindre avec ferveur 1 L*oubli ne prendra plus sa dépouille mortelle , Et dans cent ans d'ici quelque artiste rêveur Viendra s*agenouiller encore devant elle.
Mais sans autre désir il la trouvera belle.
Ah ! que ne suis-je aussi de ces maîtres du temps Qui font, du bout du doigt, une œuvre impérissable, Et gravent dans Tairain de leurs vers éclatants Ge que les passions écrivent sur le sable I
Je la célébrerais d*un cœur intarissable.
Je recommanderais à Timmorialité
Cette nature d'ange au monde résignée ,
Cette soumission à la réalité,
D*un sourire indulgent parfois accompagnée.
Gomme une fleur d'hiver dans le soleil baignée.
Et cet esprit charmant que rien ne peut frôler Sans y faire aussitôt tressaillir quelque grâce, Mais qui , pareil au cygne indolent de voler. Pour dépl oyer son aile attend que le vent passe.
S'il s'enlève une fois , il dévore l'espace.
Et quand la mort aurait touché du doigt fatal Et renvoyé là-haut cet ange au doux sourire , La terre en garderait, sur un blanc piédestal ,
Quelque chose au milieu d'Henriette et d'Elmire, Si j'étais de ceux-là que Tunivers admire.
Heureux poète, heureux quand il a recueilli Le nom de ce qu'il aime au giron de sa gloire. Gomme en un lieu d'asile où n'entre pas l'oubli ! Il n'a pas travaillé pour une œuvre illusoire :
11 donne une compagne au moins à sa mémoire.
Jeune homme embarrassé par le choix d'un état, Qui ne te sens pas né poète ni soldat « Montre ta langue. — Elle est encore un peu dodue. Mais propre à s'affiler pourtant et bien pendue. Est-elle infatigable, et, sans trop saliver, Pendant une heure ou deux peul>€lle invectiver? Fais ton droit, mon garçon, c'est Tart par excellence; Du juste et de Tinjuste apprends la ressemblance^ Observe par quels traits ces f^res ennemiâ Ont un air de famille où le doute est permis, Et par quelle couleur adroite on en peut faire
Des Ménechmes complets en qui rien ne diffère. Si bien que le bon sens les voyant tous les deux Si semblables , s'étonne et se frotte les yeux. Il y faut bien sans doute un peu de tricherie ; Mais tu posséderas bientôt cette industrie, Car rétude du droit , pour qui n'est pas niais. C'est, sans vain jeu de mots , l'étude du biais.
Deux routes au barreau devant toi se présentent :
L'ancienne, que beaucoup même aujourd'hui fréquentent ^
Où l'on va lentement, d'un pas toujours égal.
Et qui ne mène à rien — qu'au respect généraL |
Ses voyageurs, sans faste et sans impatience, |
Amis de leur état et de leur conscience ,
Maintiennent leur devise au milieu des abus.
Et songent qu'elle porte avant tout : vir probus.
Leur mission est belle et pleine de clémence :
D'autres cherchent le crime, ils cherchent l'innocence ;
Et quand le criminel doit être châtié, l
Leur voix à la vengeance oppose la pitié.
Dans le respect public par leur dignité probe
A l'hermine du juge ils égalent leur robe;
J'en connais et beaucoup pour l'honneur de ce temps.
Mais leurs triomphes sont rarement éclatants; Ils n'en récoltent rien qu'une vaine fumée — Plus vaine que jamais ~ de bonne renommée.
Laisse les vieux chemins à ces faibles cerveaux. Et d'un cœur intrépide entre dans les nouveaux.
Mais je dois t'avertir que si tu t'y hasardes, n faut soigneusement te tenir sur tes gardes : La jeune conscience a le port ombrageux, Et se cabre aux détours des sentiers tortueux. Serre-lui donc la bride aux plus légers symptôm 05;, Talonne et la contrains à flairer ses fantômes.
Prends toute cause en main, sans pudeur ni dc'igoût, La bonne s'il le faut , la mauvaise surtout.
Défends avec l'élan et la foi nécessaires Voleurs et receleurs, assassins et faussaires. Ce n'est pas lucratif et ton temps y périt; Mais ne regrette rien : cela fausse l'esprit
Dans ce siècle où l'envie à l'intrigue s'accouplo , Quand on n'est pas très-fort, il faut être très-souple; Or, rien ne reste droit sans un peu de raideur Et l'esprit comme l'&me est sujet à pudeur.
Déro!dis-toi donc vite et ne plains pas ta peine ; Une fois déluré, ta vas changer d'arène , Et laissant à Tardeur des petits débutants L'innocence en danger de tous les chenapans, Tu vas te consacrer aux causes scandaleuses.
Ah ! ah I voici Tinstant des grâces venimeuses ! 11 s'agit maintenant, sous ta robe abrité, De railler vaillamment un fils déshérité ; De cribler, sans quartier, d'épigrammes brillantes Les mineurs ruinés par tes belles clientes ; De traîner dans la boue un époux en fureur D'être seul incompris de son ange rêveur ; En un mot de salir toute partie adverse.
Et, pour achalander ton honnête commerce, De bien déshonorer, insulteur breveté, Quiconque se fournit au bureau d'à côté.
Bientôt chacun viendra t'acheter du scandale Comme des coups de poing à messieurs de la halle.
Promettre après cela qu'un jour à ton aspect Le peuple tout entier se lève par respect.
Non ; et tu pourras môme en ta noble carrière Recevoir quelquefois du pied dans le derrière.
Mais ce n'^st qu'un moment à passer : aujourd'hui Les sages pour si peu ne se font pas d*ennui. La cour suprême a mis bon ordre au vieil usage, Et d'un vain point d'honneur débarrassé notre âge. Le duel, de toutes parts traqué par les arrêts. Emprisonné, honnî, ruiné par les flrais.
Cède au Gode civil son noble droit d'aînesse Et s'éloigne, emmenant sa sœur la Politesse.
Bon voyage à tous deux t Ils étaient bien gênants. Nous vivrons désormais et mourrons en manants, Et saurons , sous l'abri d'une loi tutélaire, Tirer de nos affronts un honnête salaire* Bientôt, dans les moments de gêne, les soufflets Se verront recherchés h l'égal des billets, Et les bons ménagers inscriront dans leurs livres : « Sur la face aujourd'hui reçu deux mille livres. »
Courage, mon garçon l Tu vois qu'au bout de Tan
Quatre ou cinq fluxions doubleront ton bilan ;
Et déjà riche (avec un peu de vilenie)
Tu peux te présenter partout sans avanie.
Car les gens mal famés ne sont pas trè»<mal vus
Si d'argent et de langue ils sont d'ailleurs pourvus;
On les craint, on les choie, on touche leur main sale.
Tant s'est humanisée aujourd'hui la morale l
C'est que le point d'honneur une fois supprimé.
L'honneur» qui ne semblait d'abord pas entamé.
Se meurt de l'excroissance énorme qu'on lui coupe.
Gomme un pauvre vieillard opéré de sa loupe.
De profundis! — Il fut huit cents ans, sous nos rois.
Le magistrat des cas oubliés par les lois.
Le punisseur hautain de toutes les bassesses.
Le juge et le bourreau des mauvaises richesses.
Et l'arrêt sans appel de sa bouche émané
Faisait la solitude autour du condamné.
La loi seule aujourd'hui régit notre grabuge,
Et tout ce que la loi n'atteint pas est sans juge.
Tant qu'elle ne l'a pas frappé, l^omme est intact;
Personne ne se croit souillé par son contact;
Qu'on ait menti, vendu sa parole ou sa plume.
Tripoté dans le gaz, la rente ou le bitume.
Qu'on ait cédé sa femme à ses supérieurs,
En petit comité c'est matière aux rieurs ;
Mais quiconque dirait tout haut ce qu'on chuchote,
Se verrait aussitôt traité de Don Quichotte ;
Sans compter que la loi sur les diffamateurs ,
Des méfaits impunis protège les auteurs.
Et du Gode jaloux couvrant toute lacune.
Où sa Justice faut, n*en laisse agir aucune.
IX)nc, mon brave, en dépit de feu Qu*en dira-t-on?
Fréquente insolemment et Pompée et Gaton ;
Brûle la modestie, et si quelque collège
Cherche un représentant, un député, que sais-je?
(L'étiquette du sac change si firéquemment.
Que la langue peut bien fourcher en le nommant)
Présente-toi. — Pompée, au nez de ses ancêtres.
Pour les gros électeurs te donnera des lettres ;
Gaton t'embrassera s'il le faut au balcon.
Et tous deux t'offriront la main au Rubicon.
Une fois introduit dans ce laboratoire
Où tout ce qu'on distille, hélas! est de l'histoire.
Hausse ton éloquence à ton nouvel emploi.
Gonfle-la de mots creux , et la France est à toL
Oui, la France, entends-tu? Cette antique patrie
De la moelle des ours et des lions nourrie.
Dont le sang toujours jeune , engrais de l'avenir.
En coulant sur le monde a su le rajeunir;
Qui de tant de hauts faits a rempli son histoire.
Que dans mille ans d'ici l'on n'y voudra plus croire;
£Ue qui tour à tour dompta le genre humain
Et réclaira, le livre ou Tépée à la main,
Plus brillante qu'Athène et plus grande que Rome;
Qui pour maître devrait exiger plus qu'un homme.
Elle est à toi, chétif, et tu vas Tempocher
Si tu peux discourir deux heures sans cracher I
Car voici revenir les jours du Bas-Empire.
Le règne des rhéteurs est conclu : c'est le pire I Depuis un siècle, hélas! nous avons tant doutée Tant tiré dans tous sens la pauvre vérité, Tant adoré d'erreurs, essayé de systèmes, Soulevé, résolu d'insolubles problèmes, Nous avons tant troublé, tant bouleversé tout. Que rien dans notre esprit n'est demeuré debout, Et que les mots y vont hurlant après des ombres. Gomme des chiens sans maître au milieu des décombres. Place donc aux rhéteurs 1 place aux fougueux tribuns Qu'on ne surprend jamais & bout de lieux communs. Dont la grande science est en toute rencontre De défendre le pour aussi bien quô le contre, Et dont l'esprit retors, en ses jeux malfaisants « Glisse comme un lézard aux fentes du bon sens» Au point où te voilà, tu hausserais l'épaule Si je voulais encor te '^^crire tor» rôle;
Tu sais depuis longtemps que ropposition
£st le meilleur parti pour ton ambition :
Les médiocrités qui savent leur manœuvre
Évitent avant tout de se montrer à l'œuvre;
Car dans ce bon pays indocile au devoir,
Où tout le monde est libre, excepté le pouvoir,
Quiconque y met la main irrite la censure;
Il faut être bien grand pour donner sa mesure ;
Et fût-on de stature au-dessus du dédain ,
A moins d'être un géant on passe pour un nain.
Mais le rôle brillant, facile et populaire
De blâmer ce que font les autres, sans rien faire I
Tranquille champion des progrès dangereux.
On tranche à peu de frais de l'esprit généreux;
Et dans un pays plein d'envie et de souffrances,
On met de son côté toutes les espérances.
En avant, mon garçon, et d'un geste indigné Objurgue le pouvoir à tes cris résigné :
« Tyran, pourquoi pleut-il? Pour nourrir tes luzernes ! « Pourquoi ne pleut-il pas? Pour sécher nos citernes I « — Trois vieillards ont été mordus hier par des chiens : « Quand aurti-t-on souci des jours des citoyens? » — La lune nous insulte I elle nous fait les cornes :
« Aux armes I Tu te tais, lâche, tu la flagornes!
« — Je dénonce au pays les fureurs du conseil :
« n expose Tannée à des coups de soleil 1
«— Gommentdonclnoncontentd*abattrebeaucoupd*ormes
« Le roi ne me fait pas ministre? Des réformes !
« A table, citoyens 1 Nous allons boire un coup
« Au progrès de Tidée et pérorer beaucoup.
« Ne craignez rien, bourgeois ennemis des sinistres :
« Il s*agit seulement de changer les ministres. »
Mais où tu ne croyais ouvrir qu^un courant d'air. Le tonnerre est entré : tu n*as pas vu Féclair. Tout croule, tout s'abîme, et voilà l'anarchie ! A quoi tenais-tu donc, 6 vieille monarchie?
Seule une veuve auguste — incorruptible deuil ! Ses enfants à la main a paru sur ton seulL Combats à ses côtés, bavard, et que ta langue Prononce dans ta vie une utile harangue !
Une voix peut dompter le tumulte indécis; C'est un beau rôle à prendre, et si tu réussis... Mais noni des nouveaux rois voici passer la liste; Rengaine ton discours et te mets à la piste.
Quand on peut être pape, au diable Tévêché !
Dépêche-toi : le trône est au premier perché. Escalade, retombe et reviens à la charge; Parbleu l pour un de plus la place est assez large !
Eh bien 1 mon brave, es-tu satisfait cette fois? Victoire I te voilà grimpé*sur le pavois I Mais le pavois n'est plus, en ce temps de tourmente, Qu'un couvercle tremblant de marmite écumante; Il va sauter sous toi, si tu n'éteins le feu : On te Pavait bien dit que c'est un vilain jeu I La flamme, par tes mains éveillée, est grandie; De proche en proche elle est devenue incendie. Vois-tu Raspail, Blanqui , Louis Blanc et Proudhon A ton feu de copeaux allumer leur brandon ?
Entends-les tous souffler au monde leur menace, Ceux qui veulent changer la pauvreté de place. Ceux qui veulent servir Platon par Guillotin, Ceux qui ne savent pas ce qu'ils veulent enfin ! Écoute sous tes pieds, bel allumeur de paille. Bouillir tout ce qui souflre et tout ce qui travaille. Les brutes et les fous, les pauvres, les bandits, Les bons et les mauvais, le bouge et le taudis.
n LA LANGUE.
Lâche suf lé brailler tOil robintt d^ôàu tiède... Aspersioii tàMive ! inutile remède t Le trouble iô reprend te qnMl f AVadt côâqtlis; Ton heure est «tirée ; aUobft, sdilte, inftrqafsl Ton règne n'aura pas été long, mais Thistoire . L'a cependant inscrit au litre expiatoire.
Ta chute servira dé Jtige à ta itrandeur; Et de reniteigAement sondant la profondeur, Nos arrière^iieteux^i; Mais hélas I quel e^mple Profitera Jamais h INsil qui le eonteihplèt Nos arrière^ereux, oubliSint tee dégâts.
Pour régner comme toi se feront atotats<
Ut»«^«SQ*ftt«rlk M^iMiÉlrc IIM^