ACTE III, SCÈNE VÎII
SYLVIA
Oui, chacun!.... c'est-à-dire Que Lélio vouà semble être comme chacun , Platement honnête homme, estimable et commun.
MARFISE
L'honnêteté , ma sœur, n'est pas chose si plate.
Hé bien , détrompez-vous, car il faut que j'éclate!
Celui que vous prenez pour le premier venu ,
Ce Lélio , ma sœur, ne vous est pas connu !
C'est le cœur le plus fier, le plus noble du monde,
iVune délicatesse à nulle autre seconde,
Que vous devriez être heureuse d'épouser
Et que nul n'a le droit de ridiculiser.
Quel crime est-ce après tout qu'un peu de moquerie?
• SYLVIA
Sachez qu'il est des gens trop grands pour qu'on en rie.
MARFISE
Mais comme tu prends feu pour Lélio , ma sœur î
SYLVIA
En puis-je faire moins envers mon défenseur? Il m'a trouvée un soir par des masques suivie Et m'en a délivrée au péril de sa vie.
Le plaisanterez-vous encore maintenant?
MARFISE
Voilà qui change tout. C'est un trait surprenant. Après cette action magnanime, j'avoue Que ses petits travers méritent qu'on les loue ! Puisqu'il n'est pas poltron , c'est un crime en elTet De ne le trouver pas admirable et parfait.
SYLVIA
Ah ! que cette ironie est de mauvaise grâce !
MARFISE
Folle ! tout autre eût fait même chose à sa place. C'est un trait d'honnête homme et non pas de héro.s , Et tu l'admires là vraiment hors de propos. Contre les quolibets si tu veux le défendre , C'est par d'autres moyens que tu devrais t'y prendre : aïontre aux mauvais plaisants son caractère égal , Son bon sens, son bon cœur et son esprit loyal...
SYLVIA
Les beaux mérites !
MARFISE
Soit ! Ils n'ont rien d'héroïque ; Mais ce sont les garants de la paix domestique ; Ils ont une douceur qu'on goûte chaque jour Et donnent du bonheur sans donner de l'amour.