‹ Poésies complètesChapitre 56 sur 82 · A MADEMOISELLE DE · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE DE

Est- il bien vrai? — C'est à vous que je dois Ce grand honneur dont je suis alarmée ; Est-ce vous qui m'avez nommée Au plus important des emplois?

La Mode est souveraine, et veut qu'on la révère;

Mais je n'approche point de son brillant séjour,

Et m'admettre sans droits à sa frivole cour.

N'est-ce pas me donner une leçon sévère?

Quoi! voudrait-on punir ma naissante fierté

De ses prétentions à l'immortalité.

Et me dire : « Vos vers du temps saui'ont l'injure,

» Votre couronne aura le sort dune parure ;

» Ce beau règne de musc est tout près de finir;

» Les succès de faveur n'ont qu'un jour d'avenir; » Et cette gloire enfin, que vous rêviez si belle,

» Est fille de la Mode, et passera comme elle? »

Non ; je dois refuser ; il ne m'appartient pas De proclamer vos lois, de régl#r vos débats; Moi, l'écho de la Mode et de sa fantaisie. Condamner un bouquet, proscrire une couleur!... Moi qui ne sais juger de l'éclat d'une fleur Que par la main qui l'a choisie !

Ah ! si je l'acceptais, cet élégant fauteuil. De plus d'un orateur j'offenserais l'orgueil; J'oserais préférer la grâce à l'opulence. Les dons de la nature aux prestiges de l'art.

Et ma sonnette, sans égard, A la sottise imposerait silence.

Je perdrais en un jour ma popularité; L'esprit, là comme ailleurs, serait ma seule idole,

Et, dans ma partialité.

Vous auriez toujours la parole.

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