PROCLAMATION
A un Apôtre,
Puisque indifférent aux défaites Tu marches, le front haut — dardant Ton œil sur les Cités parfaites Qui surgiront à roccident.
Puisque tu crois aux Cités hautes Sortant de terre et renversant Notre antique Cité des Fautes Sous leur jaillissement puissant,
Puisque tu te ris des batailles, Fier esthète au cœur d'exalté Sachant qu'à de frêles semailles On voit la montag-ne éclater !
Puisqu'en tes yeux profonds et calmes Habite une mâle douceur, Je tends vers toi la fraîche palme Et la fraîche rose, sa^sœurl
Et je te dis : « L'œuvre est commune, 0 frère, et si nous sommes nés Tous deux sous la mauvaise lune...
— Les clairons d'aurore ont sonné ! »
Car, debout sur notre vieux monde, Nous sommes demeurés bien peu Qui portions en nos mains profondes Tout Tan tique ciel pris à Dieu ;
Qui sur les foules descendantes Levions, — pour les faire monter — Comme un flambeau de fleurs ardentes Notre superbe volonté !
Voilà pourquoi, je veux, ô frère^ Que nos fronts, semeurs d'orients, Oppriment d'intense lumière L'œil des blasphémateurs riants I
Sachons que l'impassible amphore Ne s'émeut que pour rayonner Mais aussi qu'en les mers l'aurore Descend — pour les illuminer!
Si Ton nous méconnaît, qu'importe?
Nos yeux rendront — pieux flambeaux — Les hommes doux, les femmes fortes, Les enfants mortellement beaux !
Que, palpitants, sous nos étreintes Les cœurs des vierg-es au beau front Nous dictent les cadences saintes Par qui nous civiliserons I