L'ODEUR ALLEMANDE
Pillant, brûlant selon l'usage,
Les Allemands ont passé là,
Et jamais les Huns d'Attila
N ont mieux fait sentir leur passage
Que ces Badois, Mecklembourgeois,
Hessois, tous noms rimant en ois
Ceux qu'on appelle Silésiens et Poméraniens, I) autres encor rimant à chiens; En un mot toute la séquelle
Par laquelle La terre et l'air sont corrompus...
Qu on fasse rougir une pelle Pour brûler du sucre dessus!...
C'est que les peuplades vassales Que Guillaume attache à ses pas D'eau propre ne se servent pas...
Elles sont cruelles mais sales...
Et la punaise entre les draps, La sueur ignoble des bras.
Dalle à vaisselle, Gueule d'égout, las de fumier Et ^eux linges de 1 infirmier, N'ont pas une odeur comme celle
Que recèle Cette engeance aux crânes obtus..
Qu'on fasse rougir une pelle Pour brûler du sucre dessus!...
C'est une odeur particulière A cette espèce de bétail, Je n'entreprends point le travail De la dépeindre tout entière:
Villon et Marot, ces Gaulois, Et maître Rabelais, tous trois,
l);ins leur cervelle Ne trouveraient pas de dicton Pour définir l'affreux poison;
Gargantua même et sa fidelle
Gargamelle \ auraient pas de mots assez crus.
Qu'on fasse rougir une pelle Pour brûler du suere dessus!...
Mais ce qui dans l'ignoble guerre Au dégoût ajoute l'horreur, Ce qui nous soulève le ca^ur Plus que la puanteur vulgaire Qu exhalent ces gueux en passant, ('. esl que I affreuse odeur du sang
Toujours s \ mêle A I acre senteur des brasiers, I )('l)iis de \ illages entiers Fumants smi^ leur main criminelle!
I [aine éternelle Aux allemands qui sont venus!...
Qu "ii fasse rougir une pelle Pour brûler du sucre dessus ! . .,
VAi bien, oui, c'est la haine avec toute sa race,
Sans ménagement, s;ms pitié, Heureuse de jeter des crachats au visage
Et prodigue de coups de pié!
La naine qui, parfois injuste, exagérée,
Reste légitime toujours, Car la Patrie esl lii réclamant la curée
Des tigres comme des vautours!
lit puis en l'ait d'excès, en fait de violences,
Tout est bon quand on se défend Contre tant d'obusiers, «le pétrole et de lances
Aux mains du Prussien triomphant!
Les délicats que froisse un pli môme des roses,
Qu'un mot trop vif fait regimber, Trouveront qu'on me voit, gazant trop peu les choses,
Dans des vulgarités tomber; Mais la muse n'a plus le droit d être bégueule
En face d'un tel ennemi, Et sans se reprocher d'être si forte en gueule
Ne s'emporte pas à demi ! . . .
C'est qu'elle a mis aussi 1 uniforme de guerre !
Jupon court, cigarette au bec, Et par les francs rimeurs prise pour vivandière.
Elle bat la charge, boit sec, Fait le coup de fusil crânement, la luronne...
Et narguant le mauvais destin, Emprunte volontiers au général Cambronne,
L'énergique mot de la fin!...
Assurément, c'est un coquin, Disait-on partout : mais, en somme, Tartuffe doublé de Scapin, Que desprit a ce diable d'homme! — On vient de découvrir, enfin, Qu'on s'était mis erreur en tête...
Bismark est bétel
Et j'entends bien prouver le fait!, l'a- un des fourbes qu'il imite N'aurait osé ee qu'il a fait, Car l'impudence a sa limite, Et le niais seul, en effet, A dépasser le but s entête...
Bismark est bèteî
Prestidigitateur hardi, Il nous lil voir, par ses manœuvres, Des étoiles en plein midi El dévorer force couleuvres; Mais sa réplique à Chaudordy, Mi! c'est le bouquet de la fête...
Bismark est bête !
Il veut nous prouver, le retors.
Que dans cette guerre, la France A île son côté tous les torts, El n enrôle pour sa défense Que meurtriers, pillards, butors, Poursuivant carnage et conquête...
Bismark est bête !
La Franco est un peuple de loups Qui pille, vole, brûle H tue :
G'esl d'elle que viennent les coups, Et l'Allemagne s'évertue \ n user que des moyens doux...
Témoin le Krupp, canon honnête. .
Bismark est bête !
Hypocrite, traître, assassin, Le Français a tout prix veut vaincre!
Et Paris, donc! quel monstre!... enfin, 11 est aisé de s'en convaincre, C'est nous qui bombardons Berlin!...
Dans son aplomb que rien n'arrête Bismark est bête!
Ce cuirassier qui toujours ment S'imagine qu'on va le croire, Quand d débite gravement De telles bourdes après boire...
Mais, prise d'un écœurement, L'Europe avec dédain répète:
Bismark est bête!
Sans pitié comme sans remords, J'ai, grâce au succès de mes armes, Entassé des milliers de morts Et l'ait ruisseler à pleins bords Un fleuve de sang et de larmes...
Enfin, sanv par la terreur.
A l'instar de feu Charlemagne
Je suis Empereur !
Vive l'Allemagne !...
Plus dociles que des valets,
Rois. Princes, Grands Ducs et Margraves,
Ont fait tout ce que je voulais; Et le grand roi, dans son palais, Ne a il jamais autant d'esclaves.., Allons! sacré par la terreur, A l'instar de feu Gharlemagne
Je suis Empereur!
^ ive l' Ulemagneî...
Gorgé dans mon ambition.
Ai-jc fait ma dernière étape Et creusé mon dernier sillon?...
Maître Bismark prétend que non, Et tous deux nous rions sons cape.
C'est bien! sacré par la terreur, A l'instar de l'eu Charlemagne
Je suis Empereur!
Vive l'Allemagne!
— Sire, gardez le cascpie au front, Dit-il, on n'est jamais trop riche...
Si la France a subi l'affront, D'autres peuples \ passeront:
D'abord l'Angleterre et I' Autriche.
— 3oo —
Puis... chut! sacré par la terreur, A l'instar de (eu Charlemagne
Je suis Empereur!
\ ive l'Allemagne!...
Ainsi rêvait, dans un bon lit, Le gredin qui souille \ crsaillcs. . .
Tout à coup sa lace pâlit El son trouble se traduisit Par un violent mal d'entrailles...
D'où lui venait cette frayeur, Peu digne de feu Charlemagne, \n faux Empereur De cette Ulemagne?. . .
Du côté du mont \ aiérien Une voix tonnait dans l'espace...
La voix du peuple parisien, Qui, bombardé par ce payen, Criait à son tour : Pas de grâce Pour le pillard et l'égorgeur Qui voudrait singer Charlemagne
Mort à l'Empereur!
A bas l'Allemagne!
Allons! VOUS ries les pin- forts,
Et l'Allemagne esl triomphante!
\ mis avez broyé nos efforts
Sous votre lourdeur étouffante,
Déchus des gloires d'autrefois,
Domptés pour la première fois,
Nous endurons depuis six mois
Tous les maux que la guerre enfante!..
Si vous avez été vainqueurs,
Ce n'est pas avec le courage :
De vos bras, comme de vos cœurs ,
L'algèbre seule aida la rage ;
\ os froids calculs nous ont surpris.
C'est la faim qui livra Paris,
Et vous ne l'auriez jamais [tris
En vous exposant au carnage!...
Pillant nos blés, volant notre or, Rançonnant nos champs et nos villes, Vous paralysez notre essor Par les embûches les plus viles; Mais ce que vous ne prendrez pas.
Maigri- \os cartes, vos compas, Vos Krupp au slupide fracas Je \ous en délie, imbéciles...
( 1 est noire \ ieil espril gauli >is I )onl la pétillante étincelle Ne pourrait trouer les parois De votre tudesque cervelle...
L'Allemagne est très forte, ('lie a Le poids de l'or quelle vola!
Elle est très riche!... mais voila...
Elle n'est pas spirituelle!...
Et ce que ne pourront avoir.
Non plus, vos épaisses Prussiennes,
G est le charme, divin pouvoir
De nos frêles Parisiennes !
Bref, malgré ses adversités,
N'enviant pas vos qualités,
La France que vous déteste/
Vous défend de toucher aux siennes!
Sovcz victorieux, puissants,
De lauriers couronnez vos tètes,
A Bismark prodiguez l'encens,
Par les vols comptez vos conquêtes;
Mais, quoi que vous fassiez vraiment,
Votre nom de peuple allemand
Vous condamne éternellement
A rester lourds, grossiers et hètes!...
\C récriminons pas, nos fautes sont immenses,
Notre châtiment mérité!
lu. disent les dévots, nos vices, nos démences
Ont aigri le ciel irrité!...
Soit!... mais, lils des héros dont la superbe tète
Du destin déliait les lois El qui lançaient au ciel, en narguanl ta tempête,
Tontes les flèches du carquois, Restons fermes, pansons bien vite nos blessures,
Fiers athlètes (pie rien n'abat; Préparons, à tra\cis toutes ces flétrissures,
La revanche de ce combat,
Et malgré nos revers, nos malheurs, nos défaites
Qui n'entachent point notre honneur, Nous saurons d'un élan reconquérir ces faîtes
Que veut usurper le vainqueur!...
La République aura raison de cel Empire
Fondé sur le sani-- et le deuil .
Car il faut qu'avant peu leur Charlemagne expire
Sous le genou de notre orgueil :
11 faut que, franchissant les ruines, les tombes,
L'Histoire au magique burin Inscrive au Panthéon outragé par leurs bombes,
Ces deux mots : PEUPLE SOUVERAIN!