‹ Poésies complètesChapitre 55 sur 61 · LES LIÈVRES · texte numérisé non relu

LES LIÈVRES

Oui. ce sera la paix aux conséquences viles. L'odieux sacrifice enfin va s'accomplir, Les campagnes n'ont pas à jalouser les ^llcs, Car, pour rivaliser de lâchetés serviles, Le scrutin va les réunir!...

Et respect, nous dit-on. e! silence à l'oracle! Il doit faire fléchir le front le plus allier. Du vote universel c'est un nouveau miracle El cette élection qu avec Bismark on bâcle G est la voix du pays entier!...

S'il nous plaît, après tout d'être lâches quand même. De sauver le pays par son abaissement, N'est-ce pas notre droit absolu, droit suprême? Toute opposition est un crime, un blasphème, Et qui dit le contraire ment !...

Silence donc, mauvais citoyens, fous, rebelles! Bien plus que les Prussiens c'est vous qu'il faut haïr. Et nos mobilisés, à leur devoir lîdelles, Vous surveillent de près... vous en verres de belles Si vous osez désobéir ! . . .

Ne vous avisez point d exciter notre rage En critiquant la paix que nous désirons tous: Pour combattre le vol, le meutre et le pillage, Nous avons pu manquer très souvenl de courage Mais nous en aurons contre vous!

Dans le nombre aujourd'hui réside la puissance, Force est de trouver bon ce que le nombre fait, Car des minorités défiant l'arrogance, Nous sommes la pensée et la voix de la France... — Eh! oui, c est la France, en effet!...

Restons donc à l'écart, le dédain sur les lèvres, Et, sans même songer à des rébellions, Avec le grand poète aux accents pleins de fièvres, Disons amèrement que la race des lièvres Succède à celle des lions.

Après un fin repas arrosé de bourgogne.

Le sieur Hans — je ne sais quel nom il porte encor

Dans la Gazette de Cologne Publie un long récit qui vaut son pesant d'or, Car il reproduit bien celle haine allemande Que nous sommes heureux de trouver aussi grande Savez-vous ce qu'il fait en un style imagé, Présomptueux et lourd, ce mouton enragé

Du pays où fleurit la schlague?...

Eh bien, là, d'honneur, il nous blague,

Il cherche à nous blaguer, c'est-à-dire! — il a vu Paris que la faim seule a livré sans batailles... Après être resté quatre mois dans "\ cisailles

A l'abri d'un coup imprévu, Il s'est dit un malin : — Je n'ai plus rien à craindre, Ce sera fort plaisant de les écouter peindre...

Et de précautions entourant son départ, Toujours prudent, il prend un titre faux, il part,

El dans la ville sombre il entre...

Il raille les passants qui se serrent le ventre Et dont l'œil se ranime à l'aspect d'un gigot...

Caquetant comme une margot, Il raille à chaque pas nos ruines énormes, Les vêlements râpés, les lambeaux d'uniformes, Les magasins déserts comme les ateliers, La femme en voile noir, le pauvre sans souliers, La tristesse, le deuil, le sang de ma patrie... Il s'amuse à compter même les corbillards. Et, triomphant de la tuerie, Avec impudence il s'écrie:

— Que nous êtes changés, mes pauvres boulevards!

Gomment, tes boulevards, animal.?... cette race Ne connaît vraiment plus de terme à son audace,

— 3ai —

Le sicur Ilans est par Irop narquois,

lu peu plus, il dirait: mon Pans!

Sois tranquille, Va, regarde-le bien, c'est la dernière fois Que lu le reverras; malgré celle paix \il(\ Si lu reviens jamais visiter colle ville Qu'outragea sans pitié ton orgueil berlinois, Puisse un de ses enfants te loger dans la trogne

Quelque balle de chassepot Qui t'envoie en enfer chroniquer, maître sot,

Pour ta Gazelle de Cologne !

Page 1