COMPLICITÉ
Brûler Paris, c'était leur rêve,
Leur idéal de volupté,
Et lorsque sous leurs veux s'achève
L'embrasement de la cité,
J ai la conviction intime
Que leur main esl au fond du crime
lu qu ils ont élargi L'abîme
Où notre pays est jeté!
Ce sont bien là les mêmes armes El les procédés allemands!
Toujours du feu, du sang, des larmes, 1)<> monceaux de débris ruinants!...
Bismark en vain proteste et nie...
J'ose affirmer, sans calomnie, Que son exécrable uénie Préside à ces écroulements!...
Piller! Ont-ils l'ait autre chose Durant leur guerre de bandits?
L'incendie est l'apothéose De tous leurs exploits et je dis Que ces professeurs de pétrole, I )i >nt le s\ stème a fait école, ( )nl de la populace folle Tiré des disciples maudits '
[ls sont liit'ii de même famille
Que ces fédérés de faubourg,
El l<-^ i itages qu'on fusille,
Comme ils I «ml fail dans chaque bourg,
Les temples que souille L'orgie, Les monuments qu'on incendie, Rappellent bien la tragédie De Chàteaudun et de Strasbourg!
Et notre Colonne qui tombe...
N'est-ce donc pas la preuve, enfin, Qu'une complicité retombe Sur ceux qui payaient le butin ?
Oui! nos ennemis implacables, Les gens qui de tout sont capables, Les criminels, les vrais coupables.
Sont moins à Paris qu'à Berlin!...
Oui, Bismark, le chef et le maître, Des pantins sanglants tient les fils..
Tous Prussiens ou dignes de lêtre, Tous aussi rouges, aussi vils!...
( ion fondons dans noire colère Les Mecklem bourg et les Régère, Prussiens de la guerre étrangère, Prussiens des désordres civils!...
Onl-ils ri, les coquins? se sont-ils pâmés d'aise Tant qu'a duré le choc de la race française! Derrière leurs canons sur nous toujours braqués, De nos déchirements comme ils se sont moqués!... Nos lions amis d'Europe cl même d'Amérique, Voyant l'effondrement de cette république, Faisaient chorus, criant : — C'est un peuple perdu, Et pour le démembrer on a trop attendu, Que le boucher prussien termine sa besogne El coupe par morceaux la nouvelle Pologne!...
Quel orgueil pour Bismark, ivre de nos revers,
Penché comme un vautour sur nos flancs entrouverts,
D'entendre ainsi râler l'ennemi qu'il redoute,
De voir tout notre sang se tarir goutte à goutte,
De se dire : — Jetons le cadavre au cercueil,
Qu on chante un Requiem et qu'on prenne le deuil...
Je vais pouvoir, sans craindre une attaque prochaine,
Germaniser en paix l'Alsace et la Lorraine î —
Il caressait surtout l'espoir, pour l'avenir,
Que de l'Invasion perdant le souvenir,
La France, tout entière à ses luttes intimes,
Des hordes de Guillaume oublierait les victimes,
Que la haine vouée à l'atroce vainqueur
S amoindrirait peut-être au fond de notre cœur,
Et que la guérison lente de nos blessures
Rendrait, les ajournant, nos revanches moins sures!
\ ous vous trompiez, monsieur le prince chancelier, Moins que jamais la France a le droit d'oublier, Et vous nous reparlez trop souvent de nos dettes Pour qu'on ne songe plus à les payer complètes, Celle qu'on croyait morte est bien vivante encor Et son sang n'est pas plus épuisé que son or!...