‹ Poésies complètesChapitre 142 sur 153 · ÉPITAPHES LATINES 34 I · texte numérisé non relu

ÉPITAPHES LATINES 34 I

Dors jusqu'au jugement dernier, femme chrétienne ! Du martyr dont la cendre avoisine la tienne Moins proche par tes os à ses os contigus Que par l'effet pareil de communes vertus.

Pomptillaj épouse de Philippe.

A Georges Benoist.

Tu t'étonnes, passant, de voir sur le chemin,

Pour des os à tenir dans le creux de la main,

Une tombe aussi belle, aussi vaste qu'un temple.

C'est qu'elle conte à tous un immortel exemple.

Et des mêmes honneurs dont Alceste brilla

Orne, pour l'avenir, le nom de Pomptilla.

Son époux se mourait d'une fièvre malsaine ;

La science, les sorts, la prière était vaine...

« 0 dieux ! prenez mes jours en échange des siens )),

Dit-elle, et la première aux Champs Elyséens

Sans peur elle affronta le règne du silence.

Mais Philippe n'a fait que changer de souffrance,

La vie étant moins douce à son cœur conjugal

Que l'épouse au front pur qui conjura son mal,

Et dont voici pour tous cette parole écrite :

c( Demeure à mon tombeau. Gloire ; je te mérite )).

GA.LLIGA.

Liberalls, martyr.

A M. l'abbé G. Devau.

Toi qui vécus sur terre auprès d'un empereur, A sa grâce tu dois bien moins qu'à sa fureur. Sa grâce à ton épaule avait mis la trabée ; Sa colère, sur toi soudainement tombée, S'imagînant mêler au supplice Taffront, D'une rose immortelle a couronné ton front. Loin du monde envieux et changeant que tu quittes, Entends, de ta louange et de tes saints mérites, Toute la cour céleste à jamais retentir. Tu n'étais que consul, et te voici martyr.

ÉPITA.PHES LATINES 34^

Un marchand.

Au D' J. Watelet

Voyageur qui veux bien l'arrêter à ma tombe,

Si tu vois sur le marbre une nef qui se bombe

Avec tous ses agrès figurés sans défaut,

C'est que j'ai navigué pendant trente ans, là-haut.

J'ai transporté du vin, des épices, de l'ambre,

Et, des ides de mars aux ides de novembre,

Mené, par le ciel clair ou les noirs horizons.

Mon navire alourdi de riches cargaisons.

Et sur la haute mer j'ai fait voler mes voiles.

Je n'interroge plus le vent, ni les étoiles ;

Je ne crains plus les flots. Toute peine a cessé .;

Je me repose, ayant le droit d'être lassé.

Trois fois j'ai tout perdu ; d'une main opportune

Trois fois m'a relevé ma clémente Fortune.

Tous l'implorent ; je sais qu'elle en écoute peu ;

Sois parmi ces derniers, passant ; tel est mon vœu.

GALLICÀ

Un mort sinclre.

À Ernest Raynaud.

Passant quelconque, et toi qui de mes biens hérites,

Je parle et je suis mort ! Une autre étrangeté :

Sur ce marbre je vais dire... la vérité.

Or donc, parents, amis, affranchis, parasites

(Tous les mêmes, égaux par la soif et la faim),

Vous dévoriez chez moi la langouste à l'asperge,

Le loir assaisonné de poivre et de cumin.

Les arrosant du vieux Falerne qui submerge

Et fait fuir les plus lourds morceaux de sanglier.

— Cela vous reposait du cervelas d'auberge

Et des pois frits. — Et moi gracieux, familier,

Je me penchais, riant de votre esprit... stupide.

Aprésent je suis mort. Ecris donc, lapicide.

Et vous, attention ! Voici mes derniers mots :

Vivez ainsi que moi, des roses sur la tête,

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