‹ Poésies complètesChapitre 29 sur 153 · INTROIBO · texte numérisé non relu

INTROIBO

A ma mûre.

Malade et seul, n'ayant pour m'aider à souffrir Ni les soins maternels ni l'espoir de guérir, Blessé d'un chaste amour, et contraint de me taire Gomme si je brûlais d'une ardeur adultère, Incapable de vivre, hélas ! de plus en plus. J'attends venir les jours et les maux dévolus. Je ne chercherai pas un secours à mes peines Dans le fragile appui des amitiés humaines ; Mais, voyant resplendir, au travers de mes pleurs, Le Signe qui console en de pires douleurs. J'entrerai dans l'église où va ma bien-aimée Piépandre aux pieds du Christ son âme parfumée. Christ ! quand verrai-je aussi A^otre ciel entr'ouvert ? Si j'ai beaucoup péché, mon Dieu, j'ai tant souffert ! Le désir de la chair et l'orgueil de la vie Commandaient durement à mon âme asservie. Mais le jour et la nuit j'ai crié devant vous ; J'ai détesté ma faute et j'ai béni vos coups.

SGABÏEUSES

Si vous ne voulez pas qu'à la fin je succombe,

0 Seigneur 1 prêtez-moi des ailes de colombe,

Que je vole aussitôt vers le céleste abri

Loin de ce monde amer où mon cœur s'est flétri î

Tour à tour je redoute et veux la pénitence ;

La Grâce à mon désir peut donner la constance.

Je ne suis plus l'enfant qui n'avait rien aimé.

Par l'esprit de révolte en secret animé,

En secret réjoui du blasphème et du doute,

Aveugle à la clarté qui lui montrait la route !

Me voici tel qu'enfin j'ose franchir le seuil :

Moins croyant, mais plus tendre, et sauvé de l'orgueil,

Humble dans mon espoir, résigné dans ma plainte,

Et faisant par amour ce que j'ai fait par crainte.

Oui, vous êtes vraiment. Seigneur ! un Dieu caché ;

C'est pourquoi si longtemps je vous aurai cherché,

Pourquoi j'aurai langui, dans mes nuits incertaines,

Après vous, comme un cerf après l'eau des fontaines !

Mais je vous ai trouvé, car je me suis quitté.

J'appuierai sur mon front la pointe de l'épine

Qui fit saigner, Jésus ! votre tête divine ;

Et comme à toute chair atteinte de langueur

Le mystique aliment donne seul la vigueur.

Un matin, à côté de ma mère en prière,

J'irai m'agenouiller sur la marche de pierre.

Et j'irai soutenir de mes deux mains encor

La nappe de lin blanc sur lebalustre d'or.

82 LA. L.iMPE d'aRGIIE

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