‹ Poésies complètesChapitre 89 sur 153 · MON JARDIN · texte numérisé non relu

MON JARDIN

Au désir de repos qui hante un cœur meurtri, A la timidité d'une muse hautaine, Ce réduit, verdoyant comme un bord de fontaine, En sa grâce d'automne aussitôt a souri.

Lasse du vent amer et du bruit fou des grèves. Mon âme, où bat encore un ouragan de rêves Dont l'étude et les ans n'ont eu pleine raison.

Mon âme voit ici comme une délivrance Qu'arbres et murs partout lui ferment l'horizon. Puisque toute échappée ouvre sur la souffrance.

Feuillages lourds et mats, verdure aux clairs reflets. Rouge géranium et sombre héliotrope, Et vous dont le tronc gris des poiriers s'enveloppe, 0 mes volubilis roses et violets !

Si votre solitude est celle où je me plais, Fleurs, filles d'Amérique ou de la vieille Europe, Apaisez mes fiévreux ennuis de misanthrope, Et de vos doux parfums, fleurs, rafraîchissez-les.

23o VESPER

— Veux-tu sincèrement la paix que tu demandes^ Poète ? Creuse alors le sol des plates-bandes Plutôt que de creuser sans profit ton cerveau.

Agis ainsi, ne fût-ce, ermite volontaire,

Que pour t'accoutumer à voir des vers de terre

Dont le commerce, un jour, te sera moins nouveau.

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