DANS LA MONTAGNE
Une nuit d'été enveloppe la vallée
Dans ses longs voiles ombreux.
A mi-côte du mont
Demeurent les nuées.
Et les nuages grisâtres se pressent si intenses
Qu'aucun regard ne saurait parvenir
Jusqu'aux glaciers qui tout le jour
Dominent le village
De leurs cimes dorées par le soleil.
Cependant par delà ces nuages Eclatent de vives couleurs d'or et d'ambre, Qui laissent voir un pays paisible Semblable à un îlot en pleine mer,
144 POÉSIES COMPLÈTES D'iBSEN
Ou à un aigle qui fend la nue, Ou à un bateau qu'on aperçoit de loin. Enfin les cimes et les glaciers s'étagent dans le lointain Et semblent des géants en habits de guerre Qui menacent Dieu vers l'ouest.
Regardez maintenant là-bas cette pâture Qui est ourlée d'une blanche neige !
Là-bas bleuissent les rochers. Ici, La demeure paisible est éblouissante en sa candeur. C'est là un étrange site
Et plus étranges encore sont ceux qui l'habitent, Séparés qu'ils sont de tout être humain par les cascades
et les torrents.
Et pour eux la voûte du ciel est plus large Et le soleil plus généreux aussi.
Regardez la bergère tranquillement assise là-haut, Alternativement baignée par la rouge lueur du soleil et
par l'ombre aux reflets bleus.
Elle rêve longuement au Sylphe, A un être sans nom