SCÈNE DRAMATIQUE
<PE%SO<K,eK,iAGES
FABIEN M. Fraisier
TULLIA M^Fayolle
Le théâtre représente un parc illuminé pour une fête de nuit. Au fond on aperçoit un palais aux fenêtres éclairées. Les groupes passent et disparaissent peu à peu. Ils ne reviennent qu'à la fin. Musique lointaine par moments.
SCÈC^E TT^EéMIÈT^E
FABIEN
Cette fête est fort belle, et ce parc, merveilleux! Mais rien de tout cela ne me distrait. Mes yeux Ne savent qu'y chercher l'image de l'absente. Le parfum d'un fantôme est le seul que je sente!
// sort par le fond.
SCÈC^E II
TULLIA, entrant à droite.
Dieu! la chose ennuyeuse et sotte infiniment Pour une femme au bal, que cet empressement Autour d'elle de fats venant faire la roue! Comme leur vanité s'étale sur leur joue! La fade comédie et l'insipide assaut!
Mais le plus ridicule encore et le plus sot Est l'homme qui me croit conquise à son mérite, Dans sa discrétion emphatique s'abrite,
Elle indique d'un geste un des hommes qui passe.
Et, vainqueur assuré qui se tient à l'écart,
Veut se faire envier de chacun, avec art!
C'est celui qui se dit mon amant! Si nous sommes
Coquettes, après tout, c'est la faute des hommes!
Mais leur amour vaut-il la peine, en vérité,
Qu'on en change? L'amour par tous est récité
De la même façon, comme la jalousie!
Le même homme à nos pieds froidement s'extasie,
Et par convention débite un madrigal
A l'une comme à l'autre, avec sourire égal ;
Et, trompé, se guérit par une impertinence,
Ou soufflette un rival heureux, par contenance ;
Même il en est encor qui n'en montrent pas tant;
Sans honte et sans regrets, ils s'en vont, emportant
Tout l'oubli qu'on fait d'eux dans leur oubli rapide,
Ressemblant, j'imagine, à la bouteille vide
Que le marin lassé qui s'éloigne du port
Dans le sillage au loin jette par-dessus bord!
On ne les revoit plus ! Et j'étais insensée
Quand je ne sais quel reste à ce bal m'a poussée!
Le mieux est à coup sûr d'en rire, je le vois!
Après un silence, en regardant les groupes s'éloigner et disparaître au fond.
Jamais deux aveux faits loyalement, deux voix Où vers une âme on sente une âme qui s'élance! Jamais le vrai serment, et jamais le silence Où deux cœurs suspendus aux longs éclairs des yeux Battent pour l'éternel amour qui monte aux cieux!
Fabien reparaît au fond.