LES VICTIMES
O femmes! ce portrait qui de loin vous fascine, De près darde sur vous sa pensée assassine; Et savourant la gloire et l'effroi d'un tel nom, Rêvant de sérénade et d'échelle au balcon, Vierges folles du piège, oublieuses épouses, Comme un vol éperdu de colombes jalouses, Toutes vous gémirez, femmes 1 à votre tour, Pâles, jusqu'à la mort, d'un impossible amour! Toutes, vous laisserez dans ce fatal musée L'inutile parfum de votre âme brisée; L'épouse emportera le tourment du devoir, Et la vierge un soupir éternel, pour avoir Contemplé ce visage aux yeux trempés d'un philtre Qui dans tout cœur de femme, en le brûlant, s'infiltre! Toutes, vous aimerez l'image de celui Qui sait, comme autrefois, sur la toile aujourd'hui Sourire, fier et doux, impitoyable et triste, Pour conquérir vos cœurs, et pour grossir sa liste !
LES VICTIMES I } f
Il vous parle, il vous aime, il vous trahit aussi,
Car l'art immortalise un pouvoir sans merci !
Et comme au seul éclat d'un grand nom, dit l'histoire,
Le cadavre du Cid remportait la victoire,
S'il s'est fait peindre, un jour, le hardi cavalier
Que le dur Commandeur n'a pas fait sourciller,
O femmes! c'est afin que, vous parlant d'abîmes,
Le portrait de don Juan fît encor des victimes !
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Dans le vert sentier qui sort du village, Par un beau matin d'un Avril fleuri, Les oiseaux chantaient le long du feuillage. J'ai rencontré Rose et Rose a souri.
Dans le gai chemin qui monte à l'église, Par un beau soleil du ciel élargi, La cloche tintait sur la flèche grise.
J'ai rencontré Jane et Jane a rougi.
« Signes différents, le sens est le même; Sourire et rougeur sont signes d'amour!
Chacune à son tour fait voir qu'elle m'aime ; Je peux bien aimer chacune à son tour! »
Le cœur en Avril doublement s'enflamme.
Jusqu'au soir j'errai dans le bois, rêvant Rose pour amie et Jane pour femme.
Des bruits de baisers sonnaient dans le vent.