‹ Poésies complètes (volume 2)Chapitre 54 sur 76 · LES CAPTIVES I · texte numérisé non relu

LES CAPTIVES I

LES CqATTIV ES

*A Ernest d'Hervilly.

Oh ! le savoir stérile! Oh! vivre après tant d'autres, Tant d'amants, de héros, de citoyens, d'apôtres! Et dans un cœur lassé des transports violents, Comme des jougs de plomb, sur tous les grands élans Porter ce long passé dont le poids nous oppresse, Ce siècle, et la stupeur de vivre sans ivresse! Chacun de nous ressemble à ces frileux jardins Qui montrent sans danger aux pâles citadins Les fils des chauds soleils et des gorges sauvages Usant leur instinct libre aux barreaux de leurs cages, Avec des cris anciens par la chaîne étranglés! O passions! La peur tourne de brusques clés Sur vos soifs d'autrefois, vos réveils faméliques, Sur vos sourds grondements dans les antres tragiques! Nous sommes comme un parc tout rempli d'écriteaux, Et nous tremblons encor sous nos épais manteaux Quand vous vous agitez, ô passions! pareilles A ces monstres captifs qui dressent les oreilles, Et hument dans le soir la fièvre des galops Aux senteurs des pampas qui traversent l'enclos!

IfO LES AMANTS

SU\ LE VIEUX ïïcAWiC

Regarde! Il n'est qu'un astre aux cieux, Et qu'un chemin devant la porte.

Écoute! Il n'est qu'un chant qui sorte De ce verger silencieux.

Il n'est qu'un souffle sur la lande, Qu'un feu de pâtre à l'horizon, Et tout autour de la maison Qu'un seul parfum qui se répande.

Dans le bleu clair de cette nuit Il n'est qu'une cloche qui tinte, Qu'une hirondelle, hors d'atteinte, Qu'une voile sur l'eau sans bruit.

Tourne les yeux, prête l'oreille Tout auprès de nous à présent; Dans l'herbe il n'est qu'un ver luisant, Qu'un nid qui reste sur la treille.

SUR LE VIEUX BANC I f I

Rentre en toi-même ! A notre mort, Il n'est qu'un amour qui rayonne, Qui caresse, embaume et résonne, Qui nous guide quand tout s'endort.

If2 LES AMANTS

GLOT^IcA I^d EXCELCIS

kA Frédéric Tlessis.

Je me suis endormi, disant au bois : « Croisez, Beaux arbres, sur mon front vos palmes bienfaisantes! Rafraîchisseurs divins des regrets embrasés, Versez en moi l'oubli des détresses présentes Et la paix que vous seuls versez ! »

Et le bois, frissonnant des bourgeons jusqu'aux cimes, Mêlant les voix de l'arbre aux voix de l'arbrisseau, A fait chanter en moi les musiques sublimes Dont le premier amour, notre second berceau, A jamais berce ses victimes.

Je me suis réveillé, disant « Forêt, tais-toi 1 Tant de jours ont passé sur la blessure ancienne ! Laisse périr la vierge ensevelie en moi ! Laisse mon âme libre à la fin de la sienne S'anéantir muette en soi I »

GLORIA IN EXCELCIS 1 f 3

Mais comme un orgue immense enflant ses voix puissantes, Le bois entier, prophète enivré sous l'azur, M'a chanté l'hosanna des amours renaissantes, Et la gloire du rêve immortellement pur Dans les étoiles innocentes.

If4 LES AMANTS

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