L INVISIBLE LIEN I
L'invisible lien, de la terre aux étoiles, Porte le bruit des bois, des champs et de la mer, Léger comme les cœurs purs de honte et sans voiles, Profond comme les cœurs pleins des feux de l'enfer.
L'invisible lien, de la mort à la vie, Fait refluer sans cesse, avec le long passé, La séculaire angoisse en notre âme assouvie Et l'amour du néant malgré tout repoussé.
LE \EMOUS
Tout se tait maintenant dans la ville. Les rues Ne retentissent plus sous les lourds tombereaux. Le gain du jour compté, victimes et bourreaux S'endorment en rêvant aux richesses accrues; Plus de lampe qui luise à travers les carreaux.
Tous dorment en rêvant aux richesses lointaines. On n'entend plus tinter le métal des comptoirs; Parfois, dans le silence, un pas sur les trottoirs Sonne, et se perd au sein des rumeurs incertaines. Tout est désert : marchés, théâtres, abattoirs.
Tout bruit se perd au fond d'une rumeur qui roule. Seul, aux abords vivants des gares, par moment, Hurle en déchirant l'air un aigu sifflement. La nuit règne. Son ombre étreint comme une foule. — Oh ! ces millions d'yeux sous le noir firmament.
LE REMOUS Ip
La nuit règne. Son ombre étreint comme un mystère; Sous les cieux déployant son crêpe avec lenteur, Elle éteint le sanglot de l'éternel labeur; Elle incline et remplit le front du solitaire; Et la vierge qui dort la laisse ouvrir son cœur.
Voici l'heure où le front du poète s'incline; Où, comme un tourbillon d'abeilles, par milliers Volent autour de lui les rêves réveillés Dont l'essaim bourdonnant quelquefois s'illumine; Où dans l'air il surprend des frissons singuliers.
L'insaisissable essaim des rêves qui bourdonne L'entoure; et dans son âme où l'angoisse descend S'agite et s'enfle, avec un reflux incessant, La houle des désirs que l'espoir abandonne : Amour, foi, liberté, mal toujours renaissant.
Comme une houle épaisse où fermente la haine De la vie, en son cœur plus caché qu'un cercueil, S'élève et vient mourir contre un sinistre écueil L'incurable dégoût de la clameur humaine Dont la nuit au néant traîne le vain orgueil !
LES \TTHMES
Rythme des robes fascinantes, Qui vont traînantes, Balayant les parfums au vent, Ou qu'au-dessus des jupes blanches
Un pas savant Balance et gonfle autour des hanches !
Arbres bercés d'un souffle frais
Dans les forêts, Où, ruisselant des palmes lisses, Tombent des pleurs cristallisés
Dans les calices Roses encor de longs baisers !
Soupir des mers impérissable,
Qui sur le sable, Dans l'écume et dans les flots bleus Pousses l'amas des coquillages;
Flux onduleux Des lourdes lames vers les plages !