‹ Poésies complètesChapitre 33 sur 59 · IMPÉR1A · texte numérisé non relu

IMPÉR1A

Car elle saura lire au fond de ce silence

Chargé des mêmes mots qui dorment dans ses yeux,

Et confondra sa flamme aux feux mystérieux

Qui sauront pénétrer sa sinistre indolence.

Sans répondre, elle écoute aux aguets, sous son fard,

Les vulgaires don Juan au manège bavard.

Dans les plis fastueux du velours elle ondule;

Et son soulier lascif agaçant le désir

Mêle avec le refus ou l'offre du plaisir

La pourpre de la honte au sourire crédule.

Aux profondes senteurs qui baignent tout son corps,

Elle enivre les sots asservis sans efforts ;

Et de ses noirs cheveux, de sa gorge animée,

De ses jupons parfois savamment découverts,

Sortent les espoirs fous les mécomptes pervers

De l'alcôve entrevue aussitôt refermée.

Telle, exerçant sa force, aux cœur des imprudents

Elle aiguise à ces jeux ses ongles et ses dents.

Mais quand elle verra d'une encoignure sombre

Se prolonger l'éclair de l'ardeur qui lui plaît,

Et, dès le premier choc, tressaillir le reflet

D'une âme tout entière émergeant vers son ombre,

Ses paupières longtemps se lèveront vers lui ;

Et lorsqu'en l'autre jet l'épouvante aura lui,

Sans rien dire, gardant le secret de sa joie,

Se repaissant déjà de sa férocité,

Souple, la fascinant de sa tranquillité,

Calme, à pas lents, alors elle ira vers sa proie.

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