‹ Poésies complètesChapitre 49 sur 59 · LE T^EV^VEZ-VOUS · texte numérisé non relu

LE T^EV^VEZ-VOUS

kA 'Michel 'Baronnet.

Bati par des mains inconnues, Un féerique palais, longtemps, Ouvre au vent frais des avenues Ses fenêtres à deux battants.

A chaque porte, en grand costume, Sonnant du cor sur l'escalier, Un page, selon la coutume, Vante le seuil hospitalier.

Le suzerain de ce domaine, Dans les salles de son palais, En riche apparat se promène, Comptant son or et ses valets.

D'heure en heure, son œil avide Interroge les horizons.

L'écheveau du temps se dévide; Les jours passent et les saisons.

LE RENDEZ-VOUS 1 8f

Il attend toujours ses convives.

Malgré les vents, malgré les froids, Il croit entendre leurs voix vives, Et le galop des palefrois.

Sa table pour eux est dressée Chaque jour, et tout prêt son vin.

Il les fête dans sa pensée; Et les pages sonnent en vain !

Maintes brillantes cavalcades Passent là-bas sur les chemins, Comme fuyant les embuscades D'un manoir aux durs lendemains.

Noble, il se fie à la noblesse Des invités de haut renom.

Honteux du doute qui le blesse, Aux pages las il répond : « Non !

« Non ! redorez toutes mes salles !

Rallumez ce soir les flambeaux!

Allez dans mes plaines vassales; Apportez-moi des fruits plus beaux!

« Changez les fleurs sur ces balustres ! Resablez les routes du bois !

Ils viendront, mes hôtes illustres !

C'est en leur honneur que je bois ! »

l86 LES LÈVRES CLOSES

Et nul ne vient; nul équipage Ne piaffe aux portes du château ; Et sur son perron chaque page, Épuisé, dort dans son manteau.

Tandis que le temps ronge et mine Au dehors les murs récrépis, Le palais toujours s'illumine, Partout plein d'échos assoupis.

Un soir d'orage, les rafales, Au bruit des volets rabattus, Soufflent les torches triomphales Dans la main des hérauts têtus.

Et voilà dans la nuit sonore Des pas nombreux sur le parquet :

« Salut, dit l'hôte, à qui m'honore !

Et mon cœur vous revendiquait !

— « Allons ! Comme nous, tiens parole ! Lui répondent les arrivants; Mets à ton seuil ta banderole, Malgré la nuit, malgré les vents.

« Nous venions tous en compagnie A nos chevaux livrant les mors.

Le souffle d'un mauvais génie Nous a bientôt fait tomber morts.

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