‹ Poésies complètesChapitre 51 sur 59 · LE SURVIVANT · texte numérisé non relu

LE SURVIVANT

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Je sors des bois. Je rentre en ma vie. O prisons De-nos songes ! Combats ou pleurs que nous taisons ! Le jour tombe. Le bleu du ciel pâlit. C'est l'heure Tranquille. — Unsouffle;unseul. — Souffle étrange! — Il m'effleure Et s'éteint. — Je soupire et pense à lui. C'était Un toucher! — Le soleil s'engouffre. Tout se tait. L'ombre augmente. La route est longue; la nuit, proche. Elle arrive. Elle monte en nous, comme un reproche. Il venait de très loin, ce souffle! J'en frémis. 11 semblait expirer en moi. Je l'ai transmis; Où donc ? Vers qui ? — Mon cœur bat avec violence. Je n'entends que mes pas. — Quel désert! Quel silence! Ce souffle était si faible ! Et si doux ! — La forêt Ne l'a point arrêté pourtant. Il se mourait. C'est en moi qu'il est mort. Vivait-il? — Des lumières S'allument. — Durs travaux des champs ! Pauvres chaumières ! — Ce souffle ! On aurait dit une aile; un être errant ! Il est tant de secrets ! Hélas ! Qui les comprend ?

Peut-être toi ! Vieil arbre immobile ! Murmure ! Enseigne-moi ! Notre âme est une autre ramure. Elle flotte. Elle s'ouvre, immense, à la merci De vents mystérieux. Tout entière elle aussi Vibre parfois. Des mots obscurs l'ont traversée ! Ce souffle en était plein. — Qui dit qu'une pensée N'est pas comme un parfum : un corps aérien ? Tout voyage. Tout vit. Tout se transforme. Rien Ne périt. Tout renaît. Tout souffre. Tout se mêle. Et tout cherche ailleurs. Quoi? L'anxiété jumelle, Sans doute; en vos fumiers, désirs! en votre exil, Regrets! au plus profond des cœurs; au plus subtil Des choses. — Le couchant à l'infini recule. Une étoile! Vénus! Qui passe au crépuscule! — Il était triste autant, ce souffle! Et si léger! Qu'apportait-il ? — Moi seul l'ai senti voltiger. J'en suis sûr : il voulait depuis longtemps renaître. Est-ce en quelqu'un ? — Le froid de la mort me pénètre. C'était comme un dernier effort vers moi; si lent! Si las ! comme un suprême effluve s'exhalant. Comme un adieu resté muet; comme une haleine; Comme une voix défunte ! — Oh ! la brume ! Elle est pleine De fantômes. Je marche à travers eux. Qui sait? S'il s'était échappé d'une tombe! Il poussait Un souvenir de plainte; un rappel de caresse; Quelque message au but. — Je frissonne. Serait-ce L'envoi que j'ai longtemps espéré? — Nos douleurs S'apaisent. Puis les jours nouveaux portent les leurs. L'on doute. L'on oublie. — Est-ce possible? On croit

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