‹ Poésies complètesChapitre 11 sur 160 · LES DOUTES DE L'ESPRTT · texte numérisé non relu

LES DOUTES DE L'ESPRTT

Ainsi, dès son éveil, notre pensée immense Ne saurait s'arrêter où l'inconnu commence ; Elle aspire plus haut, elle ose tout sonder ; D'une ardente lumière elle veut s'inonder : Oubliant son néant, elle veut, orgueilleuse, Poursuivre dans les cieux sa route périlleuse ; Et, quand le Dieu caché résiste à son appel. Sur ses créations promenant le scalpel , Elle enchaîne son vol à l'aride science. Qui dessèche le cœur, flétrit la conscience ; Elle dissèque alors ce qu'elle avait senti ; L'instinct , qui la guidait , se trouve anéanti ; Elle devient bornée en devenant coupable ; Elle doute de tout ce qui n'est pas palpable ; Fière de son pouvoir froid, superficiel. Elle explore la terre, analyse le ciel. Et, des mondes sans nombre assignant l'harmonie. Les rend indépendants de ce Dieu qu'elle nie.

Malheur, dans leur démence , aux mortels assez vains

Pour vouloir pénétrer ces mystères divins !

Au flambeau vacillant dont l'éclat les égare

Ils consument leur âme et tombent comme Icare...

Enfant audacieux, moi, je voulais aussi Révéler à la foule un grand doute éclairci ; Je voulais, m'entourant de ces fausses lumières, Soumettre à l'examen mes croyances premières , Et, par les arguments d'un stérile savoir. Expliquer chaque objet qui venait m'émouvoir.

Cette soit de l'orgueil, dont rien ne nous délivre. J'allais, pour l'étancher, fouiller de livre en livre; J'interrogeai long-temps ces esprits renommés Qui tracent ici-bas des sillons enflammés ; Êtres présomptueux , créateurs de systèmes , Qui n'ont point résolu nos éternels problèmes. Et qui , pour imposer leur ténébreuse loi , Ont tari l'espérance en altérant la foi.

Mais celui qu'en naissant la poésie embrase, De ces sucs corrompus n'épuise pas le vase ; Il effleure ses bords, rejette sa liqueur. Et force son esprit à croire avec son cœur. Au sein de ses erreurs la vérité surnage : Ainsi, je revins pure à la foi du jeune âge, A cette foi du ciel dont nous gardons le sceau , A cet instinct inné qui nous suit au berceau. Qui guide à notre insu nos sentiments intimes. Et nous révèle Dieu par ses œuvres sublimes.

Décembre 1833.

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