NOTICE BIOGRAPHIQUE XXV
nant silencieuse et déserte, qui conduit de l'une à l'autre porte de ville, dont l'architecture sarrazine rappelle, diton, les fortifications mauresques de Jaflfa, en Palestine.
Sa ceinture de murailles élevées, bien conservées quoique découronnées, flanquée de distance en distance de tours rondes, démantelées, lui maintenait, il y a vingt ans encore, lorsqu'on arrivait jusqu'à leurs pieds par la route de Loudun, à travers la plaine nue de la Champaïgtie^ sans rencontrer une habitation, l'aspect d'une ville fermée, protégée par des remparts et groupée autour de son château fort.
Mais, si le voyageur pénétrait plus loin, par la rue qui fait suite à cette route, dans l'intérieur de la ville et s'avançait jusqu'à l'épaulement que forme le coteau qui borde la rivière, il était bientôt dédommagé de l'aridité de la plaine qu'il venait de parcourir * par le plus riant paysage que l'on puisse souhaiter.
' On donne le nom d'Ardenne à tout le faubourg qui s'étend au midi de la ville jusqu'à la route de Thouars. Bodin signale l'ancienneté de cette dénomination, qu'on trouve, dit-il, dans une charte de 1223, et se livre à d'ingénieuses recherches étymologiques pour en expliquer l'origine (arduo loco, ardennis silvisj [V. Recherches historiques sur Sauvtur, édit. Godet, t. I, p. 170.] ; mais bien auparavant (1080 circaj, l'on rencontre déjà ce nom, sous une forme celtique, dans une autre charte (Cartul. de Saint-Aubin, ch. XIX, ch. n, Marchegay et Salmon, Chron. des égl. d'Anj., p. 97), opposé à celui de Aient, que l'on sait être l'ancien centre celtique connu plus tard sous le nom de Saint- Hilaire-le-Doyen. Ces deux agglomérations distinctes devaient sans doute être séparées par la rivière dans les temps primitifs.
XXVI CHARLES DOVALLE
Du bord escarpé de la colline où il s'arrêtait, l'œil plonge dans la vallée que traverse le Thouet, coulant ses eaux profondes et tranquilles, parsemées de nénuphars, au milieu de cent îlots entrecoupés qu'ourlent les coudraies et les aulnes ; sur l'autre rive, apparaissent, parmi les rideaux de peupliers, les plantureuses prairies que couronnent les molles ondulations des coteaux vignobles du Vau-de-Lenay, se détachant sur l'horizon vert sombre de la forêt.
A droite, il aperçoit, fièrement campée en sentinelle, à la tête du pont, dont elle semble garder le passage, et dominant le front altier des peupliers, la masse imposante du château avec sa terrasse et ses deux tours crénelées, sa forêt de clochetons et de poivrières, d'où émerge la flèche de la collégiale, église gothique du XV® siècle '.
Et, en s'abaissant, il découvre à ses pieds, au milieu des lierres et des ronces qui s'accrochent en grimpant
* Le château de Montreuil, dit M. de Genoude, dans son Voyage e?i Vendée (p. lo), est sur un coteau au-dessus du Thoué, et des fenêtres du château la vue est ravissante. Des prairies coupées par des saules, un double rang de collines couvertes de pampres et qui entoure la rivière, des maisons sur l'une et l'autre rive, le cours du Thoué que la vue embrasse depuis Saumur ; une vieille église en ruines, un couvent audessous, et près de là, dans un cimetière, des croix qui s'élèvent sur des tombeaux pour confirmer la leçon des ruines, une multitude de petites îles que coupent la rivière de mille manières, rien n'est à la fois plus grave et plus riant (1821).