‹ Poésies complètes, revues sur les manuscritsChapitre 12 sur 228 · LÉANS · texte numérisé non relu

LÉANS

Si e»7, comme par destinée.

A mon pré la meilleure née Qui en France se trouvait oneques.

Comme ma Dame, ma tnaistresse Et ma terrienne Déesse, Tousjours la sers et l'ay servie; Car il m'a, par deffense expresse, Commande lui faire promesse D'estre sien pour tome ma vie.

Car tant ma pensée a ravie Et à la chérir asservie Que je ne pourroye, sur m'ame, Daultre jamais avoir envie.

Tant feust elle bien assouvie, Si fort lui a pieu que je l'ame.

Mais ainsi m'en va que depuis Qu'à elle donné je me suis.

Je nepeuj avoir bien nejoye.

Fors que tous maulx et tous ennuis Qui à toute heure, jours et nuis, Me tourmentent oit que je sqye.

Tant que ne sçay que faire doye } Et semble, se dire Fosoye, Qu'Hic ayent tous ma mort jurée.

Se vostre bonté n'y pourvoye.

Force sera que par euljr voye Finer ma vie maleurée.

Pource que souvent ne la vny.

Le plus que je puis, sur mafny, Je ne fais qu'en elle penser.

Savef vous la cause pourquoyf En espérant que mon ennoy Se deust aucunement cesser.

Mais il ne me veult délaisser.

Car plus en elle est mon penser.

COUPLAINTKS.

El plus de douleur me court setire, Qui m'est si tresdure à passer Que je désire irespasser Plus de mille foys en une heure.

Que je sceusse prendre plaisir En riens qui soit, fars desplaisir.

Las! Je ne pourrqye loing d'elle.

Car c'est celle que mon désir M'a fait pour maistresse choisir, Comme s^il n'enfeust point de telle.

Tout mon bien et mal vient de celle; Ainsi, comme il plaist à la belle.

Il n'en est qu'à sa voulenté; Et ne cuidej pas que vous celle Que ce ne soit celle qu'appelle Devant chaseun : ma Léauté.

Puisque je l'ame si tresfart, N'apas doncques Amours grant tort De moy faire tant endurer?

Ou direfault qu'il soit d'accort Que pour trop amer prengne mort.

Ou moy faire désespérer.

Quant pour plaindre, pour sovspirer.

Pour mal qu'il me voye tirer.

Il ne m'en a que pis donné!

En cepoini mefault demourer, Car mieulx vault ainsi qu'empirer; F^ej là comment suis gouverné.'

HelasI ce qui plus me tourmente.

Et donlfault que plus de dueil sente, Cesi la granl double que je fais.

Que je défaille à mon entente, ~ ' i tout perde l'attente

De mes tant désire^ soukais; I CarJeauiauur,fiusqu'oncquds mais.

l80 CHARLES d'oRLÉANS.

Que si par vous ne sont parfais, User ma vie mefauldra En languissant desoresmais, Comme cil à qui, pour jamais.

Toute plaisance deffauldra.

Et quant devers Amours je viens Lui compter les maulx que soustiens.

En lui requérant allégeance, Il me respond : « je n'y puis riens.

Mais va t*en au duc d'Or liens.

Que fors lui, n'en a la puissance.

Fay donc qu'ayes son accointance Et te metj en sa bienveillance ; Car, se tu le puis faire ainsi.

Tu ne dois point faire doubtance Que de ta dure desplaisance Il n'en ait voulentiers merci. »

A vous doncques mefault venir Et vostre du tout devenir, Puisque vous ave^cepovoir Que de moy faire parvenir Au plus haut bien qui avenir Me peut jamais à dire veoir.

Pour quoy il vous plaise savoir Que, se vousyfaictes devoir Et voule^ à mon fait entendre Tellement que je puisse avoir Celle qui tant me plaîst à voir, Vostre à tousjours je m'iray rendre.

Or n'oublieif pas. Monseigneur, Vostre treshumble serviteur; Mais escoute^ mes dolans plains Desquieulx je vous fais la clameur Et vueille:^, par vostre doulceur.

Que par vous il^ soient estains.

COMPLAINTES

Caro

" pas /ai

Ainsptres avant plus que mains.

Puis me donnej, de vostre grâce. Je vous et! pry à jointes mains.

Tel responce que, soirs et mains.

Tout mon vivant joyeulx me /ace.

■RLÉAN!

Fredel, j'ay receu Toslrc lettre, Dont TOUS mercie chieremcnt, Ou deiiens avez voulu mettre Vosire fait bien entièrement ; Fier vous povez seurement En moy, tout, non pas à demi, Au besoing congnoist on l'umi.

S'amour tient vostre cueur en serre, Ne vous esbahissez en rien; Il n'est nulle si forte guerre Qu'au derrain ne s'appaise bien ; Amour le fait, comme je tien, Pour esprouver mieulx vostre vueil Grant |oye vient après grant dueil.

Sevousdittes ; Las! je ne puis Une telle doleur porter; Je vous respons : Beau Sire, et puis Vous en voulez vous depponcr Ou au Dieu d'amours rapporter?

L'un des deux fault, se m'aist Dieux, ^ Puisqu'il est trait, il le fault boire.

Guidez vous, par dueil et courroux, Ainsi gangncr vostre vouloir?

Nennyl, ce ne sont que coups roux Qu'Amours mei laui en nonchaloir.

De riens ne vous pevent valoir, Et se les couchez en despeoce; Trop remaint de ce que fol pense.

Voulez vous rompre vosire teste Contre le mur? ce n'est pas sens.

Il faut dancer, qui est en fesce; Certes, autre raison n'y sens; Et pour ce là, je me consens Que souffrez qu'Ampurs vous detnaine ; Grant bien ne vient jamais sans painc.

Mais de voï doleurs raconter Faittes bien, ainsi qu'il me semble, Et les assommer et compter Devant Amours ; car il ressemble A l'ostellierqui mec ensemble, Et tout dedens son papier couche; Pour parier est faitte la bouche.

De pieça je fnz en ce point.

Encore pis, loing d'ailegeoce; Toutesfoiz ne vouluz je point De moy mesmes &ire'vengence; Mais chauldement, par diligence, Pourchassay et playday mon fait; Peu gangne celuy qui se taît.

Et pource que la lettre dît Qu'Amours veult que vers moy tirez.

De moy ne serez escondit, S 'aucune chose des irez A voatre bien, quant l'escriprez ; Paine meitray, d'entente franche, Que l'ayez de croq ou de hanche,

Combatez, d'estoc et de taille, Vostre dure merencolie, :t reprenez, commant qu'il aille.

COMPLAINTES

ne vous oublier me lie,

Autant en ce ijue puis et doy.

Que se me teniez par le doy ,

^r retournons à mon propos ne parlons plus de cecy.

Vray est que je suis en repos D'Amours, mais non pas de Soussy ; Et pource, je vous vuei! aus.sy De nie conseillier travaillicr, L'ainy doit pour l'autre veiUier.

Soussy maintient que c'est raison Qu'il ait sur tous vers moy puissance; Nonchaloir dit qu'en ma maison Vauli mieulx. qu'il ait la gouvernance, Car il ramènera Plaisance Que Soussy a bannye à tort, Sans teveillier le chat qui dort.

Soussy respond qu'eatre ne peut.

Tant qu'on est ou monde vivant, Car Fortune partout s'esmeul El est à chascun esirivant.

En tous lieux va mal escrivant, Et toutes choses met en doubte ; Elle a beaux yeuk et ne voit goûte.

Si ne sçay que je Joye foire, Ne lequel d'eulx me laissera; Car veu que tousjours j'ay affaire, Soussy jamais ne cessera.

Mais mon plaisir rabessera En quelque place que je voyse; Bien est aise, qui est sans noyse.

Quant en Nonchaloir je m'csbas Et Desplaisir vueil débouter.

Jamais ne sçay parler si bas Que Soussy ne viengne escouter.

184 CHARLES d'Orléans.

Las! je le doy tant redoubter, Car à tort souvent me ravalle ; Mais sans mascher fault que Tavalle.

Je nesçay remède quelconques, Quant ay mis ces choses en poys, Pour tous deux contenter adoncques, Fors les faire servir par moys; Mandez moy sur ce quelque foys, Fredet, bon conseil, par vostre ame, Foy que devez à vostre Dame.

FREDET AU DUC d'ORLÉANS.

Monseigneur, fay de vous receu Et aussi de mot à mot leu Une lettre qu'il vous a pieu Moy rescripre, touchant mon fait.

Par laquelle/ ay apperceu Le bon vouloir qu'ave:^ eu Vers moy tousjours, qui n*est pas peu, Dont tout mon dueilave:^ deffait.

Et oultre plus, comme fay veu, Ave^ voulu que fay e sceu, De quoy il ne m'a point despieu, Ce qui tant vous grief ve, ou refait.

Sur quoy, de vous obéir meu, Non pas ainsi comme il est deu, Mais du tout au mieulx que fay peu.

Mon conseil tel quel vous ait fait :

Vous plaignie:^ de la rigueur Et aigreur.

Que vous fait, par safureur Et chaleur.

Celliiy que nommej Snussf, Qui sans cause et aans couleur

Et langueur.

Par son ennuyeux labeur

Et inaleur.

Vous tourmente sans vtercy; Dont par force de douleur

Est noyé par granl langueur.

Tout en pleur, Et souvent devient transy.

Puis raconte^, Momeigneur,

Quel doulceur, Nonchaloir, par son bon eur

Et valeur, Se offre vous faire aussi.

De Soussy vous vueil escripre -.

Cest ung iresmerveilleux sire,

Et/ault dire Que cellai n'a pas couraige

D'omnte saige.

Qui veuli qu'avec lui demeure.

Car il ne sert que de nuyre.

Et ne pense, ne désire

Qu'à deslruire.

Et/ait à chascun dommaige

Et oullraige.

Ne lui cliaull qui vive ou meure.

Et fut il seigneur d'empire.

Ou qui que soit, tout fait frire

El

Tant qu'ilesl e.

N'a nul, je le vous asseure.

Mille maulx, tous d'

Ne Im peyent trop suffire;

Il n'es/ pire, Tant fait de tourmenter rage,

El enrage Qu'à son gré tout ne demeure, Soussjr toit d'estrejqyeulx.

Et fait merencolieux

Partons lieux.

Et bien souvent furieux.

Tous ceulx oii il a puissance ; Par lui les biens gracieux Deviennent mal gracieux;

Tout fait trouver ennuyeux A quiplaist son accointance.

Puis, par sa grande savanee.

Il avance Autour d'eulx Désespérance Qui, par ses dij ennuyeux.

Et sesfaij malicieux

Et crueux.

Les met en ceste créance Que jamais il j n'auront mieulx.

Lors sont à tel desplaisance Que plus serait leur plaisance.

Sans doubtance, Brief mourir questre mais lieulx.

Se les maulx compter vouloye, Et la puissance en avqye.

Que Soussy vous ferait bien!

Mais à quoy l'entreprendroye ?

Car certes je ne sauroye D'un an vous dire combien.

Etpource, à tant ;e m'en tien.

Bt maintenant je révisa.

pour faire vostre vouloir, Â parler, se j'en sçay rien.

Du grant aise, du hauli bien.

Lequel donne Nonchahir.

Qui à Nottchaloir n'adresse, El tout, pour estre sien, lesse

Et delesse.

En léesse.

Sans que jamais mal le blesse, Fourra sa vie passer.

Dueil, Courroux, Soussj-, Aspresse, Et tous ceutx de leur promesse.

Soit Tristesse,

Ou Desiresse,

Ou Rudesse, Qui de mains grever ne cesse.

Tous les fait avant passer.

Contre lui n'ont hardiesse; - Il les vaiiit, par sa sagesse,

Et abesse

Leur duresse,

Leur haultesse.

Nul ose lui faire presse.

luii

Car il maine Jaye en lesse.

Qui le décent d'eulx .sans cesse

Par prouesse.

Or donc qu'esse?

Est il au monde richesse Qui sceust ung tel bien passer?

De lui vient Plaisante Vie

Qui des vie Dueil, Soussy, de toute place; De repos Aise assouvie,

Sansettvie

l88 CHARLES D'ORLÉANS.

De bien qu*à autruy se face, Les autres bonnes efface,

Et defface.

Tout est en Joye ravye.

Tout fait a joyeuse face.

Dont la grâce De vous a bien desservye, ■

Nonchaloir, de sa nature, Lui soit fortune ou non, dure ; L'un et l'autre tout endure, Et prent en gré l'avanture.

Car il ne tient d'ame conte.

Joye, dueil, paix ou murmure, Gangner, perdre sans mesure.

Soit à tort, ou par droicture.

Tout lui est ung,je vous jure.

Ne lui chault s'il besse ou monte, Ou se moindre le surmonte ; D'un chascun à son gré compte ; De quanque lui vient n'a honte.

Soit bien ou mal, rien n'en compte, A tout faire s'avanture; Autant lui est Roi que Conte, La cause est, comme i\ ra onte.

Car à nulluy ne rent compte.

Et pour ce, la fin de conte, Tousjours sa vie en paix dure.

Pourquoy, servir je vous conseille De nostre maistre Nonchaloir ; Et bannisse!^, vueille ou non vueille, Soiicy^ sans plus vous en chaloir; De lui mieulx ne pove:[ valoir, Mais soit hors de vostre mémoire ; Qui demande conseil doit croire.

Je vous supply qu'il vous suffise.

COMPLAINTES

Et aussi il ne vous desplaise.

D'une question qu'ay cy mise.

D'un mien anty très en malaise.

Dont, Monseigneur (mais qu'il vous fia

Vcstre conseil avoir m'en fault ;

L'advis de deujr mieulx que d'un vault.

Cellui que dy est si esprit D'une tant belle, bonne Dame, Qu'il ne pourrait estre repris "Tellement si tresfart il ame; Mais espoir n'apoint, sur mon ame.

D'avoir jamais d'elle secours ; Pas n'est en paix qui sert amours.

Que autre Dame, se lui semble.

Qui n'apoint de meilleur vivant.

Par le bien qu'en elle s'assemble, Le vouldroit bien pour son servant; Non pourtant il mourrait avant Que son cueur se peust sien clamer-.

Par force l'en ne peut amer.

Et pource, maintenant demande Qui lui sera moins chose forte.

Celle amer qu'Amours lui commande, OU toute s'esperance est morte.

Ou l'autre, combien qu'il rapporte Qu'amer ne la peut, ne désire^ De deulx maulx on prent le moins pire.

Veej là de mon amy le cas.

Auquel fauldrqye bienenvis; Mais conseiller ne le puis pas, Sans en avoir de vous l'advis. Fait en soit à votre devis.

Monseigneur, car c'est bien

Et à tant Jim

igo CHARLES d'orl£ans.

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