RONDEAU CVIII
En mes païs, quant me trouve à repos, Je m'esbais, et n'y sçay conienance, Car i'ay apris travail des mon enfance, Dont Fortune m'a bien chargié le dos.
Que voulez que vous die? à briefz mos, Ainsi m'est il, ce vient d'accoustumance: En mes pais, quant me trouve à repos, , Je m'esbais, et n'y sçay contenance.
Tout & part moy, en mon penser m'enclos,
los, J
Et fai^ chasteaulx en Espaigne et en France; Oultre les monts forge mainte ordonnance, Chascun jour, j*ay plus de mille propos, En mes païs, quant me trouve à repos.
RONDEAU CTX.
Repaissez vous en parler gracieux, Avec dames qui manguent poisson, Vous qui jeusnez, par grant devocion.
Ce vendredi ne povez faire mieulx.
Se vous voulez de Déesses ou Dieux, Avoir confort ou consolacion, Repaissez vous en parler gracieux, Avec dames qui manguent poisson.
Lire vous voy faiz merencolieux De Troilus, plains de compassion; D'Amour martir fut en sa nascion.
Laissez Ten paix, il n'en est plus de tieulx ; Repaissez vous en parler gracieux.
RONDEAU ex.
Alez vous en, alez, alez, Soussy, Soing et Merencolie, Me cuidez vous toute ma vie Gouverner, comme fait avez ?
Je vous prometz que non ferez, Raison aura sur vous maistrie.
Alez vous en, alez, alez, Soussy, Soing et Merencolie.
Se jamais plus vous retournez .
RONDBA0X. iSg
Avecques vostrç compaignie, Je pri à Dieu qu'il vous maudie, • Et ce par qui vous revendrez.
Alez vous en, alez, alez.
Hau ! guette, mon ueil ; et puis quoy? Voyez vous riens? — Ouil, assez.
~ Qu'est ce cela que vous savez?
— Cler, le vous puis monstrcr au doy.
— Regardez plus avant un poy,
Vos regars ne soient lassez.
Hau ! guette, mon ueil ; et puis quoy? Voyez vous riens? — Ouil, assez.
Acquitté me suis, comme doy.
Il a jà plusieurs ans passez.
Sans avoir mes gaiges cassez.
— Bien avez servi, sur ma foy.
Hau I guette, mon ueil ; et puis quoyl
Le voulez vous que tout vostre deviengne ? En me monstrant quelque joyeux semblant, Dictes ce mot : Je vous tiens mon servant, Servez si bien que contente m'en tiengne.
Devoir feray, comment qu'il m'en adviengne, Tresloyaumcnt, desorcsenavant.
Le voulez vous que tout vostre deviengne ? En me monstrant quelque joyeux seml)lant.
Sans que Mercy, ne Grâce me soustiengne,
S'en Loyaulté je faulx, ne tant ne quant, Punissez moy tout à vostre talant ; Et se bien sers, pour Dieu, vous en souvien^ne ! Le voulez vous que tout vostre deviengne ?
Que nous en faisons De telles manières, Et doulces, et fîeres.
Selon les saisons !
En champs, ou maisons, Par bois et rivières.
Que nous en faisons De telles manières !
Ung temps nous taisons, Tenans assez chieres Nos joyeuses chieres.
Puis nous rapaisons ; Que nous en faisons !
A l'autre huis.
Souvent m'envoye Espérance^
Et me tanse, Quant en tristesse je suis.
Jours et nuys, Se lui demande alegance,
A Tautre huis. Souvent m'envoye Espérance.
Oncques puis
Que failli ma desiranee,
De plaisance Mon cueur et moy sommes vuys,
aermontois.
Qui yeult achatter de mon dueilf D'en avoir trop, las! je me vante, Car mapavre vie dolente N'en peut plus, non fait pas mon vui
Partout oit je voys, mon recueil Est si piteux, et mon attente I Qui veult achaiter de mon dueilf Uen avoir trop, las! je me vante.
Quej'aye ung petit bon accueil, Au commancemenl de ma vante, El puis après, se jamais hante Amours, qu'on me crevé cest ueil I Qui veult achatter de mon dueilf
duei),
Vendez autre part Quant est à moy, je n'en ay cui A grant marché, ouUre mesun.'.
J'en ay ass« contre mon vueil.
Jà n'entrera dedans te sueil
De mon penser, je vous le jure ; Vendez autre part vostre dueil, Quant est à moy, je n'en ay cure.
Desconfort, la lerme à l'ueil, Ailleurs quiere son avanture, Plus ne vous mène vie dure î Puisque mal vous fait son acueil, Vendez autre part vostre dueil.
Comme j'oy que chascun devise, On n'est pas tousjours à sa guise ; Beau chanter si ennuyé bien; Jeu qui trop dure ne vault-rien; Tant va le pot à l'eaue qu'il brise.
11 convient que trop parler nuyse, Se dit on, et trop grater cuise; Riens ne demeure en ung maintien.
Comme j'oy que chascun devise, On n'est pas tousjours à sa guise ; Beau chanter si ennuyé bien.
Après chault temps, vient vent de bise, Après hucques, robbes de frise ; Le monde de passé revien, A son vouloir joue du sien.
Tant entre gens laiz que d'Eglise, Comme j'oy que chascun devise.
RONDEAU CXVn.
Ad ce premier jour île l'année, De cucur, de corps ei quanque j'a) Privcenient estreneray Ce qui me gisi en ma pensée,
C'en chose que tcnJray cellce, Et que point ne dcscouvreray, Ad ce premier jour de l'année.
De cueur, de corps et quanquc j'ay,
Avant que soil loule pJSjce L'année, je l'flproucheray, El puis à loisir conicray L'ennuy qu'ay, quant m'est eslongnée, Ad ce piemicr jour de Tannée.