RONDEAU CCLXXXIX. I
Pour Dieu, faiites moy quelque 61 Veu que m'a desrobé Vieillesse, Plaisance; car, en ma jeunesse, Saveï que vous amoye bien.
Pour vous n'ay espargaè du mien, Or suis povre, plain de foiblesse, Pour Dieu, fautes moy quelque bien, Veu que m'a Jesrobé Vieillesse.
Devoir ferez, comme je tien, Car j'ay despendu à largesse, Pieçù, mon trésor de liesse Et mainienant je n'ay plus Pour Dieu, iaittes moy quelque bieo.
C'est la prison Dedaluf Que de ma mereucolie,
Quant je la cuîde faillie, J'y rentre de plus en plus.
Aucunes foiz je conclus D'y bouter Plabance lie.
C'est la prison Dédains, Que de ma rnerencolie.
Oncques ne fut Tantalus En si trespeaeuse vie, Ne, quelque chose qu'on die.
Chartreux, heremite, ou reclus.
C'est la prison Dedalus.
RONDEAU CCXCl.
A! que vous m'ennuyez. Vieillesse, Que me grevez plus que oncques cnès\ Me voulez vous à tousj ours mes Tenir en courroux et rudesse !
Je vous fais loyalle promesse Que ne vous aymeray jamés.
AI que vous m'ennuyez, Vieillesse, Que me grevez plus que oncques mes!
Vous m'avez banny de Jeunesse, Rendre me convient désormais.
El faittes vous bien? Nennil, mais, De tous maulx oa vous tient maisrresse Al que vous m'ennuyez, Vieillesse!
RONDEAU CCXCII.
Les biens de vous, honneur et pris.
M'ont tant espris De vous amer, ma gente Dame,
266 CHARLES d'ORLÉANS.
Qu'il n'est pas en puissance d'ame . De tourner cillcurs mes espris.
Cest à moy trop hault entrepris,
Com mal apris, Mais blasmez en, s'il y a blasme, Les biens de vous, honneur et pris.
Donc, puisqu'Âmour ainsi m*a pris
En son pourpris, Et que tant loyaument vous ame, Amez moy, je prens sus mon ame Que jamais n'en seront repris Les biens de vous, honneur et pris.
RONDEAU CCXCIIL
Cest par vous que tant fort souspirc, Tousjours m'empire ; A vostre advis, faictes vous bien Que tant plus je vous veulx de bien \% sus ma foy, vous m'estes pire 1
Ha! ma Dame, si grief martire, Ame ne tire Que moy, dont ne puis mais en rien; C'est par vous que tant fort souspire.
Vostre beaulté vint, de grant tire, A mon oueil dire Que fcist mon cueur devenir sien, 11 le voulut. S'il meurt et bien Je ne lui puis aider, ou nuyre :
Cest par vous que tant fort souspire.