‹ Poésies complètes, revues sur les manuscritsChapitre 207 sur 228 · RONDEAU CCCIV · texte numérisé non relu

RONDEAU CCCIV

Tais toy, cueur, pourcjuoy parles tu?

C'est folie de trop parler De ce que ne puis amender.

Ton jangler ne vault ung festu,

Tu pers temps, d'Espoir devestu ; Pense de toy reconforter.

Tais toy, cueur, pourquoy parles tu?

C'est folie de trop parler.

J'ay dcsiâ plusieurs ans vescu, Et tant congnois qu'au paraler Il faut bien ou mal endurer ; Riens ne gaignes d'estre testu, Tais toy, cueur, pourquoy parles tu ?

274 CHARLES D^ORLÊAN

RONDEAU CCCV,

Qu'a mon cueur, qui s'est esvcillé, A faire chançon, ou balaJe?

Dieu mercy, il n'est plus malade, Tant a par eaue travaillé.

D'Orléans s'est appareillé Aler à Blois mangier salade ; Qu'a mon cueur, qui s'est esveillé, A faire chançon, ou balade?

Son harnois fourbira rouillé, Quelque foiz aussi sa salade.

Mais qu'il ait joyeuse ambaxade, Tout se trouvera retaille.

Qu'a mon cueur, qui s'est esveillé?

RONDEAU CCCVI.

Dieu les en puisse guerdonner Tous ceulx qui ainsi tormenter P ont, de vent, de neige et de playe. Et nous et nostre compaignie.

Dont peu nous en devons louer.

Mais il fauldra qu'au par aller, Comment qu'il en doye tarder, Que nous, ou eulx, en pleure, ou rie.

Dieu les en puisse guerdonner Tous ceulx qui ainsi tormenter Font, de vent, de neige et de pluye.

Or ça, il fault parachever Et puisqu'il est trait, avaler.

On congnoistra qu'est tle clergie D'Orléans trait de LombarJie.

Tous bien laiz convenJra trouver.

Dieu les en puisse guerdonner!

RONDEAU CCCVII.

M'appelez vous cela jeu; En froit d'aler par pays ?

Orpleust à Dieu que à Paris, Nou» feussions emprès le feu !

Nostre proulïit veulent peu, Qui en ce point nous ont mis 1 M'appelez vous cela jeu.

En l'roit d'aler par pays?

Deslycr nous taut ce neu, Et desployer faix et dis, Tant qu'aviengne mieulsoupii, Passer convient parce treu; M'appelez vous cela jeu?

RONDEAU CCCVIII.

Prenons congié du plaisir de noz y Puisqu'à présent ne povons mieulx av De revenir faisons nostre devoir, Quailt Dieu plaira, el sera pour le mi

Il Eut changier aucunefoiz les lieu Et essayer, pour plus, ou moins savo Prenons congié du plaisir de nos yeu Puisqu'à présent ne povons mieulx a

276 CHARLES d'oRLÉANS.

Ainsi parlent les Jeunes et les vieulx ; Pource, chascun en face son povoir. Nul ne mette sa seurté en Espoir, Car au jourduy courent les Eurs tieulx queulx. Prenons congié du plaisir de noz yeulx.

De Vieillesse porte livrée Qu'elle m*a, puis ung temps, donnée, Quoy que soit contre mon désir, Mais maugré myen le fault soufïrir, Quant par Nature est ordonnée.

Elle est d'Ennuy si fort bordée.

Dieu scet que Tay chiere achettée.

Sans gueres d'argent et de Plaisir.

De Vieillesse porte livrée Qu elle m'a, puis ung temps, donnée, Quoy que soit c jntre mon désir.

Par mpy pùist estre bien usée,

En Eur et Bonne Destinée,

Et à mon souhait parvenir.

Tant que vivre puisse et mourir

Selon i'escript de ma pensée.

De Vieillesse porte livrée.

Saluez moy toute la compaignie Où à présent estes à chiere lie, Et leur dictes que voulentiers seroye Avecques eulx, mais esire n'y porroye.

Pour Vieillesse qui m'a en sa baillie.

Au temps passé, Jeunesse si jolie • Me gouvernoit ; las î or n'y suis je mye, Et pour cela, pour Dieu, que excusé soye; Saluez moy toutç la compaignie , Où à présent estes à chiere lie, Et leur dictes que voulentiers seroye.

Amoureux fus, or ne le suis je mye, Et en Paris menoye bonne vie ; Adieu Bon Temps, ravoir ne vous saroye, Bien sanglé fus d'une estroite courroye, Que, par Aige, convient que la deslie.

Saluez moy toute la compaignie.

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