‹ Poésies complètes, revues sur les manuscritsChapitre 209 sur 228 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

Mon amy, Dieu te convojr».

Et brie/ te remaint àjqye.

CHARLES d'ORLÉANS. 279

A ton honneur et plaisir, Tout ainsi que je désire Mieulx que dire ne sauroye.

Si par souhait je povoye, Plus souvent te reverroye ; Mais, car ne te puis véir.

Mon amy. Dieu te convoyé.

Et brie/ te remaint àjoye, A ton honneur et plaisir.

Ceste chançon je f envoyé De m* amour par grant montjoye, Si t'en vueilles esjoir ; Car te jure, sans mentir, Que fayme, loing que je soye.

Mon amy. Dieu te convoyé.

CHANSON

Faire ne puis joyeulx semblant, Reconfort n'ay, qui soit plaisant A moy qui suis sans mon amy; Il a long temps que ne le vy, Ne le verray, je ne sçay quant; Faire ne puis joyeulx semblant.

Guérir ne puis du mal qu'ay tant, Elas ! emy ! jusqucs à tant Retournera celluy pourquoy Faire ne puis joyeulx semblant.

Mon cueur si est si desplaisant l Aussi bien doit estre dolent :

Il m'ayme tant! si foys je lui.

Ne le mettray point en oubli Et l'amcray ; en l'attendant, Faire ne puis joyeulx semblant.

CHANSON

Faittes pour moy com j'ay pour vous.

Retenez moy, par dessus tous, Amy tout seul, tresbelle Dame, Je vous jure sur Dieu, sur m'ame, Ne vueil servir autre que vous.

Guerrissez moy du mal d'Amours, Et rae donnez, du bien de vous, Reconfort tel plus ne m'en chaJile, Moncueur, m'amour, monfin cueurdoulï, A vous me rens, à vous suis tous, Je vous ayme plus que autre femme, N'autre que vous n'aura la garde Elas de moy qui suis à vous.

CHANSON

D'amours meschant par paroUc de bouche Et très riche de cuer privéement Est Varamboz, qui fait secrètement Tousjours son fait, sans mon s crer qu'il y louche,

11 nelaui jà qu'il face lelaroucbe.

On le congnoist par son contenemeni :

D'amours meschant par parolle de bouche, Et tresrichc de cuer privéement.

Quant il est temps d'amoureuse escarmouche, Bien est armé de sajette hardement, Et scet traire son parler doulcement.

Je n'en dy plus, c'est une forte mouche : s meschant par parolle de bouche.

La première édîrion que ie connaisse des poëaies de notre poète a été publiée sous te titre de Choix des poésies de Charles d^Orléans, eitraic du premier volume àa& Annales poétiques oa Almanacli des Muses. Paris. 1778,111-18.

Je vois ensuite Poésies de Charles d'Orléatts, ptre de Louis XII et oncle de François l", rois de France. Grenoble, Giraud, itJo3, avec une notice historique par ChaJvet.

L'édition publiée par Warré, in-ta, en 1809, est, sans doute, une rê impression de la précédente. Je ne

J'ignore si entre les A rmales poétiques et les Poètes ^aMfaii, publié chci Menard, par Champagnac, en iSz5, quelque recueil a publié des vers de Charles d'Orléans. Mais dÈs cette dernière date noire poète .entre en pleine notoriété. 11 s'impose désormais à toutes les anthologies. Nous nous conicnlerons de 'citer, dans cet ordre de publications, un autre recueil des Piiétes français pubiié sous la din:ction de iJA. E. Cripet, en i86'i, et où M. A. de Moniaiglon a 'consacré une notice à notre poËte.

En i8î7. M. Watson Taylor avait publié pour iRoxburgue-Club, à très-petit nombre d'exemplaires^ lUn in-8- de 2g5 pages .^ous ce titre; Poems ivritten m ^English by Charles duke of Orléans, during his 'Caplivity in England, after the Battlu of A^jncourt. London, Wilîiam Mcol, 1827.

"■'liteur est convaincu qua Charles d'Orléans a traduit lui-même ses vers en anglais, et il n'est pas .bien sûr que le duc d'Orléans no «oit pas un poète

anglais. Il est fort tenté de supposer que la version anglaise est l'originale, elle a toute la vigueur de Toriginaiité, dit-il, et il jurerait volontiers que le texte français n'est qu'une mauvaise traduction.

Je suppose — ne connaissant que sommairement les manuscrits anglais — que cette édition a été donnée d'après le manuscrit sur vélin de la bibliothèque Harléienne. Mlle contient les poésies de la captivité, avec quelques pièces qui ne se trouvent pas dans les manuscrits français, un début différent et une suite au poëme de la Prison. J'ai remarqué encore que contrairement à tous nos manuscrits qui ne redisent à la fin des rondeaux que le premier vers, la version anglaise en répète deux ou trois, c'est-à-dire autant qu'au milieu de la pièce.

Pour ren.ire justice à mon prédécesseur britannique, et expliquer ce qu'il y a d'excessif dans son enthousiasme de la version anglaise, je dois dire qu'il connaissait Charles d'Orléans uniquement par ce qu'en avaient publié l'abbé Sallier et Chalvet; il était donc porté à dire que le Prince avait bien plus écrit pour les Anglais que pour les Français, et il félicitait l'Angleterre de la bonne fortune qui lui amenait un poète, pieds et poings liés, à une époque où elle n'en trouvait guère sur son sol.

En 1842 paraissent, coup sur coup, deux éditions, qui firent grand bruit, ou plutôt dont les auteurs firent grand bruit dans le royaume de l'érudition.

Poésies de Charles d'Orléans, publiées... par J. M. Guichard. Paris, Gosselin, i842,in-i2.

Les Poésies du duc Cliarles d'urléans, par Aimé Champollion-Figeac. Paris, Belin-Leprieur, 1842, in- 12 et in-S".

Nous n'avons pas à entrer dans le grand détail de la querelle fort vive qui divisa les deux éditeurs, et où il semble que les questions de situation et d'influence se mêlaient à la discussion scientifique. Diverses brochures aigres et violentes suivirent la publication des poésies. Chacun des deux érudits essayait de prouver

texte d

a texie était très-aupérîi

liéié publiô le pre-

mier. M. Champollion avait coitimencâ son élude bien avant M, Guichard, disait-il. M. Guîchatd TL'ponduit que s'il était parti en retard, il était arrivé le premier. Pas absolument, répliquait-on, puisque vous n'avei publié que le texte indlHesie, en remettant à plus tard préface, glossaire et loua les acijeaaoircs obligés de

A juger la question uniquement sur les renseignements fournis par les brochures, entre deux érudïts

deux, fort estimables, M.Ctiampollion crut trop que le longtemps consacré par lui à étudier CtiH ries d'Orléans, et le soin amoureux qu'ilymettait lui donnaient une aorte de droit sur le prince-poâie, et méritaient le munopute de tout ce qui concernait cet écrivain si cher. Il le prit de fort haut quand il vit venir un coai^urrent. Il soutint avec un ton d'auioritu maglslrale et doctrinale des hypothèses pour le moins douteuses, et la bonne fortune rare — j'en sais quelque chosa puisque la demande même du ministre de l'instruclion publique ne m'a pas pu l'obtenir — qu'il eut de pouvoir garder par devers aoi le manuscril de Ore-

oble, lui perauadi

i que ce ne valait

=™'rie

ïcrit était parfait n. M. Guichard,

de

on côté, voyant av

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nent les travaux

on concurrent, crut trop .

lit rien à l'affaire.

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La vérité est que

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éditions a ses qua-

téî et que toutes

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égard surtout au temps où elles parunjnt; et si je préfère le texte de M. Guichard. j'apprécie extrémemenl les travaux dont M. Champollion a accompagné son édition, et j'en ai lire bon profit.

Je serais peu excusable, après ces trente années où l'érudition a été tellement active et où elle a apporté tant ds lumière dans la liitf:rnturi: du Moyen Age, si je n'étais pat renseigné sur bien des points encore

• obscurs pour mes prédécesseurs. Pourtant je dois reconnaître que M. ChampoIIion n'a pas laissé grand chose à apprendre sur la vie de Charles d*OrJéans, et constater que je n*ai pas évité tous, les défauts qu*on a signalés dans leurs éditions.

La plus grave des critiques portait sur le manque d'ordredans le classement des pièces. M. deMontaiclon, que je nommais plus haut, M. de Beaucourt, dans un article de la Correspondance littéraire et, si je ne me trompe, M. Beaufils, dans l'étude plus esthétique que critique qu'il publia en 1861 sur Charles d'Orléans, avaient indiqué, en même temps que le mal, les remèdes qu'ils jugeaient bons pour le guérir. Moi-même, avec cette ignorance du danger qui caractérise le critique, j'avais bien maugréé contre ce fatras, — je dois confesser mon crime.

Ce fut donc le travail de coordination qui me préoccupa quand je commençai à préparer cette édition. Le lecteur n'en ^erra pourtant pas de traces profondes. J'ai dû m'arrêter, en effet, après m*étre mis de grand courage à cette besogne.

Je puis raconter naïvement les raisons qui me firent rebrousser chemin.

Je me suis aperçu que je faisais non une œuvre d'érudit mais une œuvre de romancier. Oui, c'était bien le roman des sentiments de Charles d'Orléans que j'étais amené à construire. Cela tient à ce qu'ici le fil conducteur n'est pas surtout historique mais moral. Il s'agit de décider fréquemment non pas des faits, mais de la série de sentiments par où le poëte avait passé.

Il y a, sans doute, telles pièces qu'on peut attribuer sûrement à la vieillesse ou à la jeunesse, au temps de l'exil, ou aux aryiées qui suivirent; quelques-unes ont une physionomie historique, d'autres enfin sont caractérisées par les personnages qui y sont nommés. Mais un certain nombre de ballades ou complaintes, un très-grand nombre de chansons ou rondeaux restent, où je n'avais plus pour me guider que

l'arbitraire, que mon impreasifin ou mon sentiment. — "■ vais eu à faire un choix, une édition classique, ! fusse cru autorisé ù ce travail psychologique, e pu ranger en bel ordre les morceaux sur lesquels il n'y avait pas de douie. J'ai reculé devant la astte des pièces qu'il m'eût fallu laisser dans un uiod d'autant plus répugnant que j'eusse râpandu 1 peu de lumiire dans le voisinage.

Je me garde de blàroer ceux que ce travail philoso- ■ phique tentera. Je n'y ai pas vu un intérêt scieniifique I suffisant, une utilité historique et un gain littéraire nsidérables pour tn'autoriser, contre les conseils de tous les manuscrits, a faire cette révolution radicale. Je me suis contepté de la classification par genres, classification peu méritoire et qui ne demande 'pas une grande dépense de génie, mais qui est la plus sûre dans un travail d'eïposilion non de critique. Cette division est indiquée, du reste, à dimeniaire dans les premiers manuscrits. Je contenté de débrouiller le chaos là où j'avais pour me conduire quelque règle précise, comme la conformité du sujet traiiÉ. Ce travail a eu lieu surtout il propos des rondeaux où le trouble — pour des causeï que révèle la"divei;3iié d'écriture du plus important manuscrit — est complet.

Je reviendrai, du reste, sur le plan — mot bien prétentieux peut-être aprùs la confession que je viens de faire — que j'ai suivi pour cette édition. J'ai dû la préparer sur les manuscrits puisqu'il

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le édilio

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3 pOCSI

a regardé jusqu'ici comme le premier en date celui que possède la bibliothèque de Grenoble, manuscrit ' rt connu, souvent et très-complètement décrit, nomment par MM, Berriat S.iinl-Prix et CliampolliunT ' FiK?c. Je ne l'ai pas vu, mai s j'ai pu en avoir une copie isanuscrite, écri te auxviii' siècle, revue et corrigée plus lard. M. Champollion-Figeac, qui a bSlJ son édition. d'après ce manuscrit, a été naturel leraent porté à en

exagérer la valeur, et il s'jst laissé aller fort doucement sur cette pente. Il affirme d'un ton magistral que c'est de beiucoup le plus important, et il traite dédaigneusement et légèrement tous les autres en les appelant des manuscrits de seconde main.

Ce document a évidemment une grande valeur, on peut la constater sans y mettre le ton enthousiaste et impérieux de M. Champollion.

Il contient les poésies latines d'un lettré italien, Antoine Âstezan, ou L'Astezan, c'est-à-dire d'Asti en Piémont. Ce personnage et les relations que Charles d'Orléans avait avec Asti nous sont connus par la préface. Nous savons qu'à Villeneuve, dans ce comté d'Ast, pendant le voyage qu'y fît le duc en 1448- 1449, Antoine Astezan vint faire sa cour à son prince, de cette façon humble et quémanderesse que Marot et du Bellay n'allaient pas tarder à stigmatiser comme une habitude italienne. A cette date, le savant Italien ignorait complètement le talent poétique de son futur maître, les discours qu'il prononça nous en donnent la preuve. Il obtint de Charles la place de premier secrétaire. Il le vint rejoindre en France en 1450. Il le quitta en 1463 , emportant les poésies du prince en Italie pour les traduire en latin. C'est cette traduction avec texte en regard et autres poésies latines d'Aztezan que renferme le manuscrit de Grenoble.

Il ne contient donc que les poésies antérieures à cette date de 1453. Il n'a pas été écrit sous les yeux de Charles, ni classé d'après son inspiration. S'il a été achevé du vivant du prince, — ce qui est possible, — il ne le fut pas avant 1461, et Astezan était depuis 1453 en Italie. Il n'a donc que la valeur qu'a pu lui donner Astezan, un Italien, ce qui enlève quelque autorité à son système orthographique; un Italien qui resta quelque temps auprès de notre duc et qui espérait sans doute que son travail passerait sous les regards de son maître, mais qui arrange les poésies de l'auteur en vue de la traduction latine, en vue d'une traduction destinée surtout à faire valoir les

nCE BIBLIOGRAPHIQUE.

lions politiques ilu Charles aux yeux des sav.inu de rlulie et du MUanaU. Il y a là du quoi diminuer rinlirit qui s'anuchurail pour nous à un tiassement moins pi!danlesque, dirii^ê par un but moins parti* culier el moins politique.

Je ne eaiirais -idinettre l'argument que donne M. Champollion pour prouver que ce texte a été écrit parun frère d'Aptoine, Nicolas Asiezan, aussi secrétaire du duc d'Orléans. 11 essaye aussi de démontrer que la manuscrit a été acdevé du vivant du prince. Ses raisons ne sont pas toutes probantes. Il nous dit que le poète italien qui a liait tani d'épitaphes eût sans doute fait celle de son maîtreai celiiTc eût été achevé apri.'s la mort de Charles. Je veux bien le croire. Malheureusement c'est une présomption détruite par une piùcede la fin du volume, pièce symbolique peut-être, mais donc il serait facile de soutenir la réalité, où l'on discute du tombeau du prince et oii on dît :

■ Frinceps non mediocris eras. u A celte présomption on contredit par une autre et Ton fait remarquer que Charles mettait sa signature sur beaucoup de ie% livres et qu'elle n'est pas sur celui-ci. On en conclut que ce volume n'a pas été dans les mains du prince. Cet iirgument contre la thèse de M. Champollion ne vaut guÈre mieux que l'argument qu'il donne pour. Quant à moi, je crois difficile de ne pas voir le manuscrit d'Aste/an dans celui pour la reliure duquel on donna 20 sols il la veuve de Jean Fougère , relieur à Blois, pour avoir relié un volume en parchemin renfermant t le livre des Balades de Monseigneur le duc d'Or-

■ leans, tant en françois comme en latin et autres 11-

■ vrea en icelluy. 1 Je n'ai pas pu retrouver cette note dans les papiers d'Orléans. Mais si la date de 1463 que donne M. Champollion est exacte, on peut considérer ce manuscrit comme ayant été achevé entre J461 et r463.

Ainsi le manuscrit d'Astezan a les qualités d'âtre écrit par un contemporain, avec l'assentiment de l'auteur et sans doute d'avoir appartenu k celui-cU [i

a les défauts d'être incomplet, d'avoir été écrit par un étranger, en pays éloigné de Fauteur, et d'après un plan tout particulier, soit dans l'intérêt du copiste, soit dans un but politique.

Nous l'avons fréquemment consulté, nous ne l'avons pas suivi.

Nous avons préféré deux des manuscrits de la Bibliothèque nationale de Paris, et surtout le manuscrit français 25,428, autrefois La Vallière igS.

C'est un petit in-8° sur parchemin de 269 feuillets. Il porte à la première page, non pas comme le suivant, les armesd'Orléans et de Milan qui indiquaientun livre destiné à la famille du duc d'Orléans, mais un seul écusson, aux armes du prince, et qui lui donne un caractère plus personnel. Le format relativement plus leste, l'apparence du manuscrit qui, comparé à ses frères in-folio ou in-quarto, fait songer aux manuscrits des jongleurs, ses conditions intérieures, m'ont donné à penser qu'il avait pu être écrit pour Charles d'Orléans, par uh secrétaire attaché à la maison, à la personne de l'auteur, chargé de tenir copie et de mettre au net les poésies dans l'ordre et selon le temps où elles étaient composées. Le copiste, en effet, après nous avoir donné les anciennes poésies, les complaintes, les ballades, toutes les pièces antérieures au retour en France, écrit les chansons, les rondeaux; puis arrivé aux trois quarts du volume, un accident — la mort du prince... ou du secrétaire — l'interrompt. La copie est reprise, mais plus tard et par un écrivain d'une valeur beaucoup moindre, qui profite des blancs laissés en tête des pages par le premier copiste, pour y jeter pêle-mêle les pièces peut-être composées postérieurement, mais, en tout cas, non encore écrites par ce prédécesseur.

Il y a là, je le reconnais, une part d'hypothèse, que l'écriture ne contredit pas toutefois, le manuscrit paraissant avoir été écrit dans sa plus ancienne portion entre 1460 et 1470. ' •

Ce qui est sûr, c'est qu'il nous offre le meilleur

au milieu du xv siècle..

L'aucre manuscrit de la Bibliothèque nationale, qui nous a été aussi fort utile, provient de l'ancieii fonds Coltiert (a5ox) et porte actuellement le a' 1104 fonds français. C'est un magnifique in-quarto sur vélin btanc, de 112 feuillets à deux colonnes, d'une écriture admirable. Il porte en tile le double fcusson d'Orléans et de Milan et la devise de Charles : Ma Volonté. Il a été probablement écrit pour la famille, pour le duc, la duchesse, ou le comte d'Angouléme, par un calligraphe extrêmement habile, renommé, un peu vieux, vers 1460 (époque probable de la confeclion du manuscrit], malheureusemeal infiniment moins intelligent qu'adruit-

En sa qualité de manuscrit de femille, ce volume renferme le discours prononcé par Charles d'Orléans en faveur du duc d'AIençon, son gendre. Mais le texte des poésies offre de nombreuses erreurs.

Dans la comparaison que j'ai faite de cette copte et de la précédente, j'ai rencontni une difficulté que je n'ai pas pu édaireir. Ce dernier manuscrit — Colberl — à le juger d'après le texte, est postérieur au manuscrit La VailiËre, sur lequel il semble avoir été copié. 11 donne, en effet, régulièrement et imperturbablement ce pSIc-mêle arrivé dans le La Valtière par accident, et grâce au remplacemeoldu premier escrlpvain; de plus ce copiste du Colbcrt ajoute tout à la fin plusieurs rondeaux qui ne sont pas U à leur place, mais qu'il s'aperçoit avoir omis quand, après sa copie achevée, il coilatianna le manuscrit Ua Vallière où les pièces sont bien à une place logique. Voilà donc de graves présomptions en laveur de l'anlériorité de ce manuscrit La Vallière, et pourtant l'écriture liu texte Colbert paraît incontestablement plui ancienne. Faut-ilchercher l'explication dans les

CHARl-ÏS n'oBLÉAMS, II. 19

^QO NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE.

conditions particulières de la personne du copiste du Colbert qui, très-vieux, très-habile, a garde des pra tiques et des soins de la période prJccdcnter

Maigre cette apparence matérielle d'ancicnnct-i, malgré l'orthographe parfaitement régulière et soignée — trop soignée, et exceptionnellement régulière, — j'ai été trop trapptJ du peu d'intelligence que cet admirable calligraphe avait du texte, et même du rhythme, pour m'en fier à luii Je ne l'ai suivi que là où mon plus ancien copiste du manuscrit La Vallière cédait la place à son ou à ses successeurs.

Dès lors je ne devais plus hésiter; ces derniers étant beaucoup moins sûrs que leur prédécesseur et cette fois sans conteste, — fort postérieurs à l'illustre et inepte calligraphe du Colbert, — il m'a fallu pour la dernière partie de Tédition tenir grand compte de ce dernier.

Il en est résulté cet inconvénient de mettre en plus grande lumière le manque d'uniformité de l'orthographe contemporaine. Inconvénient peu considérable, d'ailleurs, en un temps où le même écrivain ne suit pas d'un bout à l'autre de son manuscrit les mêmes habitudes orthographiques.

Entin, malgré la confiance que j'ai accordée à ce premier copiste du manuscrit La Vallière, je ne l'ai pas suivi dans ses singularités. Il écrit toujours povair rimant avec la syllabe oir, souvent serenient et guerredon avec la valeur de deux syllabes. J'ai, par faiblesse pourl'œil de mes contemporains, écrit povoir, serment^ j'ai dû aussi me résoudre à changer moustrer (qu'il donne constamment au lieu dt monstrer) , mais je l'ai fait à regret, cette syllabe ou étant caractéristique d'une tentative d'euplionisme qui n'a pas complètement avorté, et à laquelle, par exemple, nous devons mouticvy couvent, au lieu de montier et convent qui bont la forme ancienne et étymologique.

Les lecteurs qui s'occupent particulièrement d'érudition me pardonneront ces explications minutieuses; les autres les trouveront ennuyeuses^ mais ils en

HOTICE BtBLIOGRAP

concluroni, j'espère, que si cène édition est bien imparfaiie, la bO'ine volonté n'a pas manqué à l'édileiir.

J'ai lire quelque utilité d'un manuscrit sur papier, du commencenieni du ivi' siècle (B. N., Fonds français pfj.iîij. Buircfois Saint-Germain jd6oi. C'est lui qui contient le Luy Piteus dont je parlerai plus tard.

J'ai Irouv* douie piices du duc d'Orle'ans dans un

du commencement do xvti" (B. N-, Fonds franfais 9zz3]. C'est ui) recueil qui contient les poésies de deux académies poétiques du xv slËcle. L'une, la seule qui noua occupe est celle qui gravite autour de Cliarlesd'Orléans, elle est représentée parla plupurtdes poètes qui sont nommés dans les manuscrits dont nous avons déjà parlé et par quelques inconnus. Mgr d'Orléans y a 12 picces; Blosseville, 3i ; Prévôt, q; Vaillant, 9; Antoine de Guise, 1 1 ; Tanneguy du Chaste!, 3; Mgr deClermont, Mgr d'Or vi Hier», 1; Mgr de Torcy, a; Meschinot, 3. Puis nous reiieontroni Gilles des Ormes, Mgr Jean de Lorraine, Mgr du Biidore, Mgr de Tais, maistre Martin Le Frdnc, Roberlet, Monbeton, Jammetle de Ncsson , Régine d'Orange, Jeanne Filleul, Jeucourt, M'i- de Beau -Chu Btel, etc. Quelques piices de ce recueil se trouvent dans les manuscrits précédents — et notamment toutes celles du prince, d'autres sont nouvelles.

J'ai pu consulter aussi à l'Arsenal un manuscrit sur parchemin du commencement du tlvi' siècle. II porte la signature de M. de Paulmy, et, d'une écriture contemporaine du manuscrit, celle de Lyonnet PoureiUe. 11 est incomplet, s'arrête bu rondeau : Des Arréragea de Plaisance et paratt avoir copié le r ValliÈre.

La même bibliothèque possède papier du xviii' siùcle, uvec des notes de Lacurne de Sùinle-Palnye. C'est une copie du manuscrit Colbert.

M. Guichard signale dans cette bibliothèque de l'Arsenal un autre manuscrit renfermant quelques poésies tU notre duc. On n'a pas pu me le communiquer. Je

29a NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE.

m'en suis aisément consolé, la désignation qu'en donne mon prédécesseur montrait suffisamment que son texte ne saurait avoir aucune importance.

Cest donc à l'aide des manuscrits précédents et tout particulièrement du manuscrit La Vallière que j'ai composé le texte de la présente édition.

Il existe encore de notre auteur plusieurs manuscrits que je n'ai pas vus. D'abord un manuscrit de la bibliothèque de Carpentras, dont M. Champollion et M. Lambert, bibliothécaire de cette ville {Catalogue raisonné des manuscrits de la bibliothèque de Carpentras) donnent une ample description. D'après eux, ce serait une copie du manuscrit Colbert. Il n'est pourtant pas complètement d'accord avec celui-ci sur l'attribution de quelques pièces aux poètes qui entourent Charles d'Orléans. On y trouve aussi une ballade non recueillie par les autres manuscrits. Les quelques vers qu'on en cite suffisent à nous convaincre qu'elle appartient à l'école bourguignonne-flamande, école tout à fait différente de celle où l'on peut ranger notre prince.

Londres possède quatre manuscrits des poésies de Charles d'Orléans. Nous les connaissons par ce qu'en dit M. Fr. Michel, dans son Rapport au ministre de l'instruction publique, 1849 (Documents inédits de l'Histoire de France); par une ample description que donne du magnifique manuscrit de la Bibliothèque du roi, Bristish Muséum, Vallet de Viriville [Bulletin du Bibliophile f 1846). Il y prouve assez clairement que cette copie doit être de 1600- 1606. On y trouve deux chansons en anglais qui ne se rencontrent pas dans nos manuscrits, plus quelques-unes des pièces rangées à la fin de nos deux volumes parmi celles qu'on attribue à notre poëte.

Un excellent article de la Rétrospective Rewiew, 1827, m'a fourni aussi des renseignements sur ces copies anglaises, qui sont au nombre de trois, outre le manuscrit du roi: un manuscrit de la bibliothèque Lansdowne et deux de la bibliothèque Hîtî-léienne.

M. Champollio Delpic, alors ef

Dans lea i.

OTICE BIBLIOGRAPHIQUE. 2t)3

E textes, reçu de M. Mnriial inlÈvenl, en partie, le regrel de

isulter.

t les a

i de c

I trÈs-grand nombre de piic>a qui ont Éié composées par les amis, lea serviteurs, les parents de Charles d'Orléans, par les gens de cette petite cour lettrée qu'il avait rassemblée à rioia, plus quelques chansons en anglais ec une ou deuï pièces en latin.

J'ai promis les poésies fnin{aises de Charles d'Or^ léans, et l'espace qui m'est mesuré dans cette publication ne me permet pas d'ftre prodigue, j'ai donc retranché tout ce qui n'était pas en langue française.

D'autre part, je n'ai pas voulu publier t'iutes les poésies de la cour de Charles d'Orliians. J'ai reproduit celles qui servaient de réponse à plusieurs pièces de notre po^te, et quelques-uns de ces jcui de rhétorique oii sur un vers, sur une idée, sur un refrain, toute la petite bande se précipitait à la suite du duc et se répandait en rimes fort banales.

> Le caraclÈre italique indiquera i^elles des pièces qui ne sont pas de notre poète. Je vais indiquerdans les notespluMeurspItcessur la paternité desquelles j' quelque doute. Enfin, j'ai renvoyé à la lin de chaque volume, les ballades, chansons et rondeaux que certains manuscrits attribuaient au prince, sans que l'en, semble des documents con&rmât cette attribution.

Les notes qui vont suivre compléteront, dans quelques détails, ces observations générales. Je n'ai pas rangé parmi les œuvres de Charles d'Orléans Doe traduction de la Consolation de tloèce, traduction qui lui avait été attribuée un peu légèrement ; M. Léopold Dell Ile l'a prouvé surabondamment. (Séance de l'Académie des Inscriptions, 3i janvier 1873),

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