LA DESPARTIE D'AMOURS
En ballades.
Qvaat vint à la prochaine feste Qu'Amours tenoit son Parlement, Je lui presentay ma requeste Laquelle leut tresdoulcement.
Et puis me dist : n Je suy dolent Du mal qui vous est avenu , Mais il n'a nul recouvrement, Quant la Mort a son cop féru.
Eslongnez hors de vostre teste Vostre douloreux pensement, Monstrezvous homme, non pasbeste, Failles que, sans empeschement, Ail en vous le gouvernement Raison, qui souvent a pourveu En maint meschief tressagemeni.
Quant la Mon a son cop féru.
Reprenez nouvelle canqueste, Je vous aideray tellement Que voiis trouvères Dame preste De vous amer tresloyaument.
Qui de biens aura largement; D'elle serez amy tenu; Je n'y voy autre amendement, Quant la Mort a son cop féru, d
■ Helas! sire, pardonnes moy, Se dis je, car, toute ma vie, Je vous asseure par ma foy.
Jamais n'auray Dame, n'amie; Plaisance s'est de moy partie Qui m'a de Liesse forclos.
N'en pariez plus, je vous supplie, Je suis bien loings de ce pourpos.
Quant ces parolles de vous oy, Vous m'essaies , (ne faines mye ;) A vous dire vray, je le croy ; Ou ce n'est dit qu'en moquerie.
Ce me aeroit trop grant folie.
Quant demeurer puis en repos, De reprandre merencolie.
Je suis bien loings de ce pourpos.
Acquittié me sui, comftie doy.
Vers vous et vostre seigneurie, Désormais me vueil tenir coy.
Pource, de vostre courtoisie.
Accordez moy, je vous en prie.
Ma requeste; car à briefe mos, De plus amer, quoy que nul dye, Je suis bien loings de ce pourpos. afl
Amour congnu bien que j'estoyc En ce pourpos, sans changement, Pource respondy : k Je vouldroye Que voulsissiea faire autrement,
Et me servir plus longuement, Mais jevoy bien que ne voulés, Si vous accorde francbement La requeste que faille avés.
Escondire ne vous pourroye, Car servy m'avez lo y au ment, N'onques ne vous irouvay en voye, N'en voulenié aucunement De rompre le loyal sermeat Que me feisce, comme savés; Ainsi le compte largement La requeste que faille avés.
Et afin que tout cbascun voye Que de vous je suis tresconient, Une quittance vous octroyé, Passée par mon Parlement, Qui relaissera plaine ment L'ommage que vous me devés, Comme contient ouvertement La requeste que faille avés, n
Tanlost Amour, en grant array, Fist assembler son Parlement.
En plain conseil mon fait coniay, Par congié et commandement ; Là fust passée plaiaement La quittance que demandoye, Baillée me fut franchement, Pour en fôire ce que vouidroye.
Oullreplus, mon cueur demanday Qu'Amour avoii eu longuement, gage le lui baillay,
Quant îe me mb premièrement Ea son service ligement ; U me àist que )e te raoroye, Sans refiler aucunement.
Pour en faire ce que TOuldroye, A deux genoili m'agenoillay, Mercîani Amour humbleuient Qui tira moD cneor, sans delay, Hors d'un escrin priTéeroeni, Le me batUanc courtoise méat, Lyé en un noir drap de soye ; EJa mon sain le mist doulcement.
Pour en faire ce que vouldroye.
Sachent presens et avenir, Que nous. Amours, par Franc Désir Conseiilieï, sans nulle contrainte.
Après qu^avons oy la plainte De Charles, le duc d'Orliaos, Qui a esté, par plusieurs ans, Nostre vray loyal ser\-iteur Rebaillié lui avons son cueur Qu'il nous bailla, pieçà, en gage.
Et le serment, foy et hommage, Qu'il nous devoit quiitîé avons Et par ces présentes quittons.
Oultre plus, faisons assavoir, El ceriifîioos, pour tout voir, Pour esioupper aux mesdisans La houche. qui trop sont nuisans, Qu'il ne part de nostre service
POËMS DB I
Par déduite, forfait ou vice.
Mais seulement la cause est telle :
Vray est que la Mon trop cruelle A tort lui est venu oste r Celle que tant souloit amer, Qui estait sa Dame et maistresse, S'amie, son bien, sa léesse; Et pour sa loyaulté garder, I! veult désormais ressembler A la loyalle turterelle Qui seule se tient, apar elle, Après qu'elle a perdu son par.
Si lui avons voulu donner Congiê du tout de soy retrairc Hors de nostre court, sans fortaire.
Fait par bon conseil et advis De nos subgiez et vrais amis, En nostre présent Parlement Que nous tenons nouvellement :
En tes m oing de ce avons mis Nostre scel, plaqué et assis.
En ceste présente quittance, Escripte par nostre ordonnance, Presens mains notables recors, I.e jour de la Feste des Mors, L'an mil quatre cent trente et sept, Ou chastel de Plaisant Recept.
Quant ]'euz mon ci Ma voulentc fut a Et non pour tant, pour l'acointance Qu'avoye de la seigneurie
D'Amour et de sa compaignie, Quant vins à congié demaniler, Trop mal me Ust la départie Et ne cessoye de pleurer.
Amour vit bien ma contenance, Si me disi : ■ Amy, je vous prie, S'il est riens dessoubz ma puissance. I Que vueilliez. ne l'espargniez mil Tant plain fu de merencolie, Que je ne peuz à lui parler Une parolle ne demye.
Et ne cessoye de pleurer.
Ainsi pariy ea desplaisance D'Amour, faisant chiere marrie, Et comme tout ravy en trance, Prins congié, sans que plus mot dye. \ A Confort dist qu'il me conduye, Car je ne m'en savoye aler, J'avoye la veue esbiuye Et ne cessoye de plourer.
Confort, me prenant par la main, Hors de la porte me convoyé ; Car Amour, le Roy souverain.
Lui chargea moy monstrer la voye Pour aler où je desiroye; C'estoit vers l'ancien manoir Où en enff'ance demouroye, Que l'en appelle Nonchaloir.
A Confort dis ; a Jusqu'à demain - Ne me laissiez, car je pourroye Me forvoier, pour tout certain,
rokUB DB LA ptiisoN.
Par desplaiiir, vers la saus50ye Ou est Vieillesse rabat joye; Se nous iravaillons fort ce soir, Tost serons au lieu que vnuldroye, Que l'en appelle Nonchaloir. «
Tant chemina sm es qu'au dcrrain Veismes la place que queroye ; Quant de la porte fu prouchain, Le portier tju'asseï congnoissoye, Si tost comme je l'appelloye, Nous receut, disant que pour voir Ou dit lieu bien venu estoye, Que l'en appelle Nonchaloir.
Le gouverneur de la maison Qui Passe Temps se fait nommer, Me dist ; a Atny, cesie saison Vous plaist il céans séjourne-? n Je respondy qu'à brief pai'ler, Se lui plaisoit ma compaignie, Content estoye de passer Avecques lui toute ma vie.
Et lui racontay l'achoison Qui me fisi Amour delaissier; Il me dist qu'avoye raison, (^uant eut veu ma quittance au clsr, Que je lui baillay à garder; Aussi de ce me remercie Que je vouloie demourïr A\ L-cques lui toute ma vie.
Le lendemain lettres t'uison A Confort baillay à porter
CBARLKS 0'ORL6amS.
D'umble recommandacîon.
Et le rcnvoyay sans tarder Vers Amour, pour lui raconter Que Passe Temps, à ctiiere lye, M'avoit receu pour reposer Avecques lui toute ma vie.
A tresnoble, haull et puissant seigneur Amour, Prince de mondaine doulceur.
Tresexcellent, Ireshaull et noble prince, Trespuissam Roy en chascune province, Si humblemem que se peut serviteur Recommander à son maistre et seigneur.
Me recommande à vous, lantqi Et vous plaise savoir que lousjours si Tresdesirant oïr souvent nouvelles De vostre estai, que Dieu doint estre 6 Et si bonnes comme je le désire.
Plus que ne scay raconter ou escrïre ; Dont vous suppli que me feiites sentir Par tous venans, s'il vous vient à plaisird Car d'en nîr en bien et en honneu:
Ce me sera parfaitte joj-e au cueui Et s'il plaisoit à votre seigneurie Vouloir oîr, parsa grant courtoisii De mon estât, je suis en tresbon point, Joyeux de cueur, car soussy n'ay je poîn Et Passe Temps, ou lieu de Nonchaloir, \ M'a retenu pour avec lui manoir Et séjourner, tant comme me plaira, Jusques à tant que Vieillesse vendra, . Çax lors fauldra qu'avec elle m'en voise
Finer mes jours. Ce penser fort me poise Dessus le cueur, quant j'en ay souvenance,
is, Dieu mercy, loing suis de sa puissance, Présentement je ne la crains en riens,
;n son daogier aucunement me tiens.
En ouUrc plus, sachiés que vous renvoyé Confort, qui m'a conduit la droite voye Vers Nonchaloir, dont je vous remercie De sa bonne, joyeuse compaignie, En ce fait, à vostre comma.ndement.
De bon vouloir et tressoingneusement ; Auquel vueilliez donner foy et fiance En ce que lui ay chargié, en créance, De vous dire plus pjainement de bouche, Vous suppliant qu'en tout ce qui me touche, Bien à loisir, le vueilliez escouter, Et vous plaise me vouloir pardonner Se je n'escris devers vostre Excellence, Comme je doy, en telle révérence Qu'il appartient, car c'est par Non Savoir Qui destourbe d'acomplir mon vouloir.
En oultre plus, vous requérant mercy.
Je congnois bien que grandement failly.
Quant me party derrainement de vous.
Car j'estoye si rampli de courrous Que je ne peu un mot à vous parler.
Ne mon congié, au partir, demander.
Avecques ce, humblement vous mercie Des biens qu'ay euz soubz vostre seigneurie. Autre chose n'escris, quant à présent.
Fors que je pry à Dieu, le Tout Puissant, Qu'il vous ottroit honneur et longue vie, Et que puissiez tousjours la compaignie De îaulx Dangier surmonter et deffaire, Qui en tous temps vous a esté c<
110 CHARLES D'ORLiAMI,
Escript ce jour troUieame, vers la soir. En novembre, ou lieu de Nonchaloir.
Le bien vosire, Charles duc d'OrlIans, Qui jadis fut l'un de voi vrais servana.
Balades, chançons ei complaïntn t Sont pour moy miseâ en oubly, Car Ennuy et pensées maintes M'ont tenu long temps cndormy, Non pour tant, pour passer SouHy, 1 Essayer vucil se je: sauroye Rimer, ainsi que je souloye.
Au moins j'en feray mon povoir, Combien que je congnois et sçay Que mon langage trouveray Tout enroillie de Nonchaloir.
Plaisans paroUes soni estaintea En moy qui deviens rassoty; Au fort, je vendray aux aitaintes, Quant Beau Parler m'aura failly.
Pourquoy pry ceulx qui m'ont oy Langagier, quant piei^à j'estoys Jeune, nouvel et plain de joye, Que vueilleni excusé m'avoir.
Oncqiies mais je ne me crouvey Si rude, car je suis, pourvray, Tout enroillié de Nonchaloir,
Amoureux ont paroUespaintes El langaige frais et joly; Plaisance dont i!z sont accointes Parle pour eulx; en ce party l'ay esté, or n'est plus ainsy;
POtME DS LA PRISON.
Alors, de Beau Parler irouvoye A bon marchié tant que vouloyç ; Si ay despendu mon savoir, Et s'un peu espargné en ay.
Il esl, quant vendra à l'essay, Tout enroillié de Noachaloir.
Mon Jubilé faire devroye, Mais on diroit que me rendroye Sans coup ferir, car Bon Espoir M'a dit que renouvelle ray; Pûurce, mon cueur fourbir feray Tout enroillié de Nonchaloir.
L'emplastre de Nonchaloir Que sus mon cueur pieçà mis, M'a guéri, pour dire voir.
que ]i En bon point, ne je Plus avoir, jour de ma vie, L'amoureuse maladie.
Si font mes yeulK leur povoir D'espier par le pays, S'ilz pourroyent plus veoir Plaisant Beauté, qui jadis Fut l'un de mes ennemis.
Et mist en ma compaigaie L'amoureuse maladie.
Mes yeux teose main et soir.
Mais ilz sont si tresbastis,
feleur vouloir!
S vaux au [hs, ax sdan leur adri^ ; ae crains, dom Di«u merc coureuse maladie.
Quant je voy en doleur pris Les amoureuï, je m'en ris; Car je liens, pour grani folie, L'amoureuse maladie.
Monc De V
a fait commandement
Belle que j'ayme loyaumeni, Comme doy faire ma Princesse.
Se vous demandés pour quoy esse ?
C'esE pour savoir quant vous plaira Alegier sa dure destresse.
Ma Dame, le sauray je jà?
Dictes le, par vostre serment ; Je vous fais léale promesse Nul ne le saura, seulement Fors que lui, pour avoir léesse; Or lui monstres qu'estes maistresse.
Et lui mandez qu'il guérira j Ou s'il doit morir de destresse, Ma Dame, le sauray je jà ?
Penser ne pourroît nullement Que la douleur qui tant le blesse Ne vous desplaise aucunement; Or faittes donc tant qu'elle cesse, Et le remettes en l'adresse D'Espoir, dont il party pieçà; Respondez sans que plus vous presse.
Ma Dame, le sauray je jà?
Je meurs de soif, en coosié la fbataîniM TretnbLint de froit ou feu des amoureux; Aveugle sub. et si les autres mains ; Po^TC de seos, entre saichans, l'un d'euls; Trop ne^igent, en vain souvent soigneux; C'est de mon fait une chose faiée.
En bien et mal par fortune menée.
Je gaingne temps, et pers mainte ^e^maîliei Je joue et ris. quant me sens douîoreut; Deîpîaisance j'ay d^esperance plaiae ; J'actens bon eur en regret angoi^seui; Riens ne me plaist, et si suis desircdi; Je m'esjoTs, et CDUrce à ma pensée.
En bien et mal par fortune menée.
Je parle trop, et me tais â grânt paloi Je ra'esbays, et si suis courageui; Tristesse tient mon confort en demaiôfi. Faillir ne pub. au moins à l'on des deut ; Bonne chiere je fah quant je me deulti
Maladie m'est en santé donnée,
En bien et mat par fortune menée.
Prince, je dy que mon fait maleun Et mon proulÊt aus:^i avantageux.
Sur ung hasart j'asserray quelque an En bien et mal par fortune menée.
BALLADBS. Il5
BÀLLADfe ili.
Comment voy je ses Anglois esbays!
Resjoys toy, ifranc royaume de France.
On âpparçoit que de Dieu sont hays, Puis qu'ilz n'ont plus couraige ne puissance. Bien pensoient, par leur oultrecuidance, Toy surmonter et tenir en servaige , Et ont tenu à tort ton heritaige.
Mais à présent Dieu pour toy se combat Et se monstre du tout de ta partie, Leur grant orgueil entièrement abat, Et t'a rendu Guyenne et Normendie.
Quant les Anglois as pieça envays, Rien .n'y valoit ton sens ne ta vaillance. Lors estoies ainsi que fut Tays Pécheresse qui, pour faire penance, Enclouse fut par divine ordonnance.
Ainsi as tu esté en reclusaige De Desconfort, et douleur de Couraige.
Et les Anglois menoieht leur sabat En grans pompes, baubans et tirannie.
Or, a tourné Dieu ton dueil en esbat, Et t'a rendu Guyenne et Normandie.
N'ont pas Anglois souvent leurs Rois tràys? Certes ouil, tous en ont congnoissance ; Et encore le Roy de leur pays Est maintenant en doubteuse balance; D'en parler mal, chascun Anglois s'avance; Assez monstrent, par leur mauvais langaige, Que voulentierS lui feroient oultraige.
Qui sera Roy entr^tit est grant desbàt;
d'orlCams.
Pource, France, que veulx tu que te dye? De sa verge Dieu les puaist ei bat Et t'a rendu Guyeone ei Normeodie.
Roy des Fran^ys, gaigué as l'advaaiaige, Par&Lz toc jeu. comme vaîUant et sajge. Maintenant Vas plus belle qu'au rabat- De ion bon eur, France, Dieu remercie; Fortune en bien avecques loi s'embat Et t'a rendu Guyenne et Normandie.
On parle de religion
Qui est d'estroicie gouvernance.
Et par ardant devocîon,
Portent mainte dure peuance;
Mais, ainsi que j'ay congnoissance,
El selon mon entencion.
Entre tous j'ay compassion
Des amoureux de l'observance.
Tous jours par contemplacion Tiennent leurs cueurs ravîz en transe, Pour venir par perfection Au hault Paradis de Plaisance; Chault, froit, soif et fain d'espérance Seuffreot en mainte nacioa; Telle est la conversacion Des araoureui de l'observance.
Piez nuz, de Consoîacion Quierent l'aomosne ; d'al^eance
Orne veulent ne pension, Fors de Pitié; povre pitance, En bissacs plains de Souvenance, Pour leur simple provision!
N'est ce sainctc condicion Des amoureux de l'observance?
Des higotz ne quiers Ne loue leur oppinion, Mais me tiens, par affection.
Des amoureux de i'observan