BALLADE DE SA FIDÉLITÉ A LA POÉSIE
Chacun s'écrie avec un air de gloire :
« A moi le sac, à moi le million !
Je veux jouir, je veux manger et boire.
Donnez-moi vite, et sans rébellion,
Ma part d'argent ; on me nomme Lion. »
Les Dieux sont morts, et morte Tallégresse.
L'art détleurit, la muse en sa détresse
Fuit, les seins nus, sous un vent meurtrier,
Et cependant tu demandes, maîtresse,
Pourc[uoi je vis ? Pour l'amour du laurier.
Piéride, ô fille de Mémoire, Trouvons des vers dignes de Pollion I Non, mon ami, vends ta prose à la foire.
Il s'agit de bien chanter Ilion !
Cours de ce pas chez le tabellion.
Les coteaux verts n'ont plus d'enchanteresse; On ne va plus suivre la Chasseresse . Sur l'herbe fraîche où court son lévrier.
Si, nous irons, ô Lyre vengeresse.
Pourquoi je vis V Pour l'amour du laurier.
Et Galatée à la gorge d'ivoire
Chaque matin dit à Pygmalion :
Oui, j'aimerai ta barbe ru*de et noire,
Mais que je morde à même un galion 1
U est venu, l'âge du talion :
As-tu de l'or? voilà de la tendresse,
Et tout se vend, la divine caresse
Et la vertu ; rien ne sert de piier ;
Le lait qu'on suce est un lait de tigtesse.
Pourquoi je vis ? Pour l'amour du laurier.
ENVOI
Siècle de fer, crève de sécheresse ; Frappe et meurtris l'Ange à la blonde tresse. Moi, je me sens le cœur d'un ouvrier Pareil à ceux qui Ûorissaient en Grèce.
Pourquoi je vis? Pour l'amour du laurier.
Juillet 1862.