‹ Poésies complètesChapitre 117 sur 151 · BALLADE DE SA FIDÉLITÉ A LA POÉSIE · texte numérisé non relu

BALLADE DE SA FIDÉLITÉ A LA POÉSIE

Chacun s'écrie avec un air de gloire :

« A moi le sac, à moi le million !

Je veux jouir, je veux manger et boire.

Donnez-moi vite, et sans rébellion,

Ma part d'argent ; on me nomme Lion. »

Les Dieux sont morts, et morte Tallégresse.

L'art détleurit, la muse en sa détresse

Fuit, les seins nus, sous un vent meurtrier,

Et cependant tu demandes, maîtresse,

Pourc[uoi je vis ? Pour l'amour du laurier.

Piéride, ô fille de Mémoire, Trouvons des vers dignes de Pollion I Non, mon ami, vends ta prose à la foire.

Il s'agit de bien chanter Ilion !

Cours de ce pas chez le tabellion.

Les coteaux verts n'ont plus d'enchanteresse; On ne va plus suivre la Chasseresse . Sur l'herbe fraîche où court son lévrier.

Si, nous irons, ô Lyre vengeresse.

Pourquoi je vis V Pour l'amour du laurier.

Et Galatée à la gorge d'ivoire

Chaque matin dit à Pygmalion :

Oui, j'aimerai ta barbe ru*de et noire,

Mais que je morde à même un galion 1

U est venu, l'âge du talion :

As-tu de l'or? voilà de la tendresse,

Et tout se vend, la divine caresse

Et la vertu ; rien ne sert de piier ;

Le lait qu'on suce est un lait de tigtesse.

Pourquoi je vis ? Pour l'amour du laurier.

ENVOI

Siècle de fer, crève de sécheresse ; Frappe et meurtris l'Ange à la blonde tresse. Moi, je me sens le cœur d'un ouvrier Pareil à ceux qui Ûorissaient en Grèce.

Pourquoi je vis? Pour l'amour du laurier.

Juillet 1862.

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