‹ Poésies complètesChapitre 123 sur 151 · BALLADE DE BANVILLE AUX ENFANTS PERDUS · texte numérisé non relu

BALLADE DE BANVILLE AUX ENFANTS PERDUS

Je le sais bien que Cythère est en deuil I

Que son jardin, souffleté par l'orage,

mes amis, n'est plus qu'un sombre écueil

Agonisant sous le soleil sauvage.

La solitude habite son rivage.

Qu'importe! allons vers les pays fictifs I

Cherchons la plage où nos désirs oisifs

S'abreuveront dans le sacré mystère

Fait pour un chœur d'esprits contemplatifs :

Embarquons-nous pour la belle Cythère,

La grande mer sera notre cercueil ;

Nous servirons de proie au noir naufrage,

Le feu du ciel punira notre orgueil

Et l'aquilon nous garde son outrage.

Qu'importe! allons vers le clair paysage I

Malgré la mer jalouse et les récifs,

Venez, partons comme des fugitifs,

Loin de ce monde au souffle délétère.

Nous dont les cœurs sont des ramiers plaintifs,

Embarquons-nous :;«our la belle C}i:hère.

TRENTE-Sli BALLADES JOYEUSES. 36S

Des serpents gris se traînent sur le seuil Où souriait Cypris, la chère image Aux tresses d'or, la vierge aux doux accueil ! Mais les Amours sur le plus haut cordage Nous chantent Thymne adoré du voyage.

Héros cachés dans ces corps maladifs, Fuyons, partons sur nos légers esquifs, Vers le divin bocage où la panthère Pleure d'amour sous les rosiers lascifs :

Embarquons-nous pour la belle Cythère.

ENVOI

Rassasions d*azur nos yeux pensifs !

Oiseaux chanteurs, dans la brise expansifs, Ne souillons pas nos ailes sur la terre, Volons, charmés, vers les Dieux primitifs !

Embarquons-nous pour la belle Cythère.

Mai 1863.

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