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BALLADE EN QUITTANT LE HAVRE-DE-GRACK

Enfin je pars et voici le navire.

Adieu, Paris joyeux! adieu, tombeau!

Vis sans savoir que Misère soupiré, Maigre, et saignant sur son vieil escabeau.

Et ses seins nus mal couverts d'un lambeau.

Vis dans ta haine et dans ton avarice ; Moi, je m'envole au gré de mon caprice.

La voile s'enfle, éprise de l'éther.

Et, délivré, j'invoque ma nourrice, La mer aux flots tumultueux, la mer !

Adieu, prison où pleura mon martyre !

Adieu, Gobsecks à l'âme de corbeau !

La vague est là qui me berce et m'attire ;

L'archer divin, jeune, féroce et beau,

\ sur la mer secoué son flambeau.

Dans sa splendeur, comme une impératrice,

Elle sourit, la grande séductrice ;

Et je respire, ivre du goufl're amer,

Pour que son souffle odorant me guérisse,

La mer aux flots tumultueux, la merl

J'entends passer comme un accord de lyre.

lovelace en habit bleu barbeau.

Féru d'amour pour une tirelire, Paris, adieu ! garde tes Mirabeau, Et Ferraris et Juliette' Beau!

Ah! la splendeur de ton adolescence Et ton regard terrible et cajoleur Eveilleront par leur seule puissance Le geai folâtre et le merle sifileur Et tout le gai renouveau querelleur.

Car, pour revivre, il suffit qu'on te voie!

Dans le feuillage adouci qui verdoie Et de qui l'ombre emplit le clair bassin, Que ta blancheur sous les rayons chatoie I Souris, Guerrière, et fais voir ton beau sein.

Fais resplendir en leur magnificence, Peur cet Avril ruisselant de chaleur, Tes charmes nus, dont la sainte innocence Fait oublier le crime et la douleur.

Malgré le doux printemps ensorceleur, Notre âge affreux sous la tristesse ploie ; Cette Euménide a fait de lui sa proie, Il est malade, il veut un médecin.

Ah! pour guérir le mal qui le foudroie.

Souris, Guerrière, et fais voir ton beau sein.

ENVOI

Reine, prodigue à Tastre qui flamboie Ce sein aigu qui brilla devant Troie !

Quoi qu'en ait dit notre siècle malsain.

Rien ici-bas n'est divin, que la joie :

Souris, Guerrière, et fais voir ton beau sein.

A la Villa, Avril 1869.

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