LA FONT-GEORGES
O champs pleins de silence, Où mon heureuse enfance Avait des jours encor Tout filés d'or!
O ma vieille Font-Georges, Vers qui les rouges-gorges Et le doux rossignol
Prenaient leur vol I
Maison blanche, où la vigne Tordait en longue ligne Son feuillage qui boit Les pleurs du toit!
O source claire et froide, Qu'ombrageait le tronc roide D'un noyer vigoureux A moitié creux!
450 THEODORE DE BARYILLB
8oiirees ! fraîches fontaisMl Qui, douces à mes peinM* Prémissiez autrefois
Rien qu^à ma voixl
Bassin où les laveuses Chantaient insoucieuses.
En battant sur leur banc Le linge blanc !
O sorbier centenaire.
Dont trois coups de tonnerre N^avaient pas abattu Le front chenu !
Tonnelles et coudrettes»
Verdoyantes retraites De peupliers mouvants A tous les vents !
O vignes purpurines, Dont le long des collines, Les ceps accumulés Ployaient gonflés ;
Où, Tautomne venue, La Vendange mi-nua A Tentour du pressoir Dansait le soir I
buissons d'églantines.
Jetant dans les ravines, Comme un chêne le gland.
Leur fruit sanglant I
Murmurante oseraie Où le ramier s^effraie, Saule au ^uillage blea, Lointains en feu !
Rameaux lourds de cerises i Moissonneuses, surprises A mi-jambe dans l'eau Du clair ruisseau!
Antres, chemins, fontaines, Acres parfums et plaines.
Ombrages et rochers , Souvent cherchés f
Ruisseaux ! forêts ! silence * O mes amours d'enfance ' Mon âme, sans témoins.
Vous aime moins
Que ce jardin morose Sans verdure et sans rcr:« Et ces sombres massif:»
D'antiques ï£a^
Et ce chemin de sable Où j'eus l'heur ineffab.*.
Pour la première fois D'ouTr sa voix !
Où rêveuse, l'amie Doucement obéie, S*appuyant à mon bros.
Parlait tout bas,
Pensive et recueillie.
Et d'une fleur cueillie Brisant le cœur discret, D'un doi£^ distrait,
A l'heure où sous leurs voiljs Les tremblantes étoiles Brodent le ciel changeant De fleurs d'argent.
L*iudécision et le vague même de cette fin contribuent au charme ; la rêverie du lecteur achève le reste. — Une fois, contre son ordinaire, le poète a faibli sur la rime {abattu^ chenUy) et je lui sais gré d'avoir préféré l'expression plus naturelle à une autre qui eût été amenée de plus loin et de force.
Et c'est ainsi qu'au déclin d'une école et quand dès
longtemps on a pu la croire finissante, quand de ce côté la prairie des Muses semble tout entière fauchée et moissonnée, des talents inégaux, mais distingués et vaillants, trouvent encore moyen d'en tirer des regains heureux et de produire quelques pièces presque parfaites qui iraient s'ajouter à tant d'autres dans la corbeille, si un jour on s'avisait de la dresser, — dans la Couronne, si l'on s'avisait de la tresser, -^ d'une Anthologie française de ce siècle.
Sâintb-Bbuvb, 12 octobre 1857.
Causeries du Lundi, tome XIV. * (Ches Qamier frères.)
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P&gei.
I PRiFACB 3
^jj^J-'ExU des Dieux 7^*^
'm Les Loups • 13
4 V^e ^igliegt 15 -^
c Hésiode 16
L'Antre .; 18
Rpse ^ 19««^
Némée 21
Tueur 4e Monstres 22
A Mort de TAmour \23 ««
Roland.-^ «. .••.... - •»-» — • ...••.« 25
Penthésilée. ... 27
La reine Omphale 29
LTl^P 35
DlonW 38
La CiCkare 40
Une Femme de Rubens 51
L'Éducation de l'Amour 62
Érinna 73
La Source, A Ingres 77
Les Torts du Cygne 81
Le Pantin de la petite Jeanne . 83
A ma Mare 85
Au Laurier de la Turbi« 86
Chio 87
A Oeorgea Rochegroite 88
Le Berger . . . '. 90
Fleur de.Saog 91^^
Bermaphrodit* . .• 93