LES TORTS DU CYGNE
Comme le Cygne allait nageant Sur le lac au miroir d'argent, Plein de fraîcheur et de silence, Les Corbeaux noirs, d'un ton guerrier, Se mirent à l'injurier En volant avec turbulence.
M Va te cacher, vilain oiseau I »
S'écriaient-ils. « Ce damoiseau Est vêtu de lys et d'ivoire 1 Il a de la neige à son flanc ! Il se montre couvert de blanc Comme un paillasse de la foire I
Il va sur les eaux de saphir.
Laid comme une perle d'Ophir, Blanc comme le marbre des tombes Et comme l'aubépine en fleur I Le fat arbore la couleur Des boulangers et des colombes !
Pour briller sur ce promenoir.
Que n'a-t-il adopte le noir î Un fait des plus élémentaires.
C'est que le noir est distingué.
C'est propre, c'est joli, c'est gai; C'est l'uniforme des notaires.
Cuisinier, garde ton couteau Pour ce Gille, cher à Wateau I Accours ! et moi-même que n'ai-je
Le bec aigu coinino un ciseau, Pour percer le vilain oiseau Barbouillé de lys et de neige I »
Tel fut leur langage. A soa toar Dans les cieux parut un Vautour Qui s'en vint déchiiter Le Cygne Ivre de joie et de sc^Leil ; Et sur Tonde son sang vermeil Coula comme une pourpre insigne.
Alors, plu» bnllant q^t V€EMm Ceint de neige, l'oiseau duanta.
L'oiseau que sablaucheur décore; Il chanta la splendeur du jour.
Et tous les antres d'alentivur S'emplirent de sa voix sonore.
Et l'Alouette dans son toI,
Et la Rose et le Rossignol
Pleuraient le Cygne. Mais les Âne»
S'écrièrent avec lenteur :
« Que nous veut ce mauvais chanteur?
Nous savons des airs bien plus crânes. »
Il chantait toujours. Et les bois Frissonnants écoutaient la voix Pleine d'hymnes et de louanges.
Alors, d'autres êtres ailés ' Traversèrent les cieux voflés D'azur. Ceux-là, c'étaient des Anges*
Ces beaux voyageurs, sans pleurer.
Regardaient le Cygne expirer
Parmi sa pourpre funéraire,
Et, vers Tolseau du flot obscur
Tournant leur prunelle d'azur,
Ils lui disaient : « Bonsoir, mon frère. »
Déofimbre 1861.
LE PAKTIN