‹ Poésies de André ChénierChapitre 147 sur 418 · LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES. 1M · texte numérisé non relu

LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES. 1M

Il laissait sans chanter expirer les beaux jours.

Et toi, rebelle aux dons d'une si tendre mère,

Dégoûté de poursuivre une Muse étrangère

Dont tu choisis la cour trop bruyante pour toi,

Tu t*es fait du silence une coupable loi ! 10

Tu naquis rossignol. Pourquoi, loin du bocage

Oîi des jeunes rosiers le balsamique ombrage

Eût redit tes doux sons sans murmure écoutés.

T'en allais-tu chercher la Muse des cités ?

Cette muse, d'éclat, de pourpre environnée, 15

Qui, le glaive à la main, du diadème ornée.

Vient au peuple assemblé, d'une dolente voix.

Pleurer les grands malheurs, les empires, les rois?

Que n'étais-tu fidèle à ces Muses tranquilles

Qui cherchent la fraîcheur des rustiques asiles, ' fo

Le front ceint de lilas et de jasmins nouveaux.

Et vont sur leurs attraits consulter les ruisseaux?

Viens dire à leurs concerts la beauté qui te brûle.

Amoureux avec l'âme et la voix de Tibulle,

Fuirais-tu les hameaux, ce séjour enchanté 25

Qui rend plus séduisant l'éclat de la beauté?

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