II AVERTISSEMENT
Dans l'Étude sur la vie et les œuvres d* André Ghénier, après avoir caractérisé nettement sa tentative littéraire, tentative dans laquelle on avait d*abord cru voir un essai de renaissance gréco-latine, et qui est une renaissance éminemment nationale, nous avons cherché à faire ressortit* les influences qu'exercèrent sur André Chénier les littératures antiques et la littérature française, celles qu'il reçut, au point de vue littéraire et politique, de sa famille, de ses amis, enfin des événements, nous efforçant ainsi de le suivre dans le développement de son double caractère de poëte et de citoyen.
La partie biographique a reçu de nombreuses additions. Mieux informé sur les événements principaux de la vie d'André, nous avons corrigé quelques erreurs et comblé d'importantes lacunes. C'est ainsi que le lecteur trouvera dans cette édition un récit détaillé et une appréciation toute nouvelle des malheureuses circonstances qui ont amené l'arrestation de Chénier et des événements fatals qui l'ont conduit le 7 thermidor sur les gradins de Fouquier-Tinville.
A la suite de cette Étude, on trouvera, dans un premier Appendice, l'iiistoire complète et détaillée de la publication des Œuvres posthumes, et, dans un second, un Aperçu sur les. œuvres encore inédites.
Quant au texte même des poésies, pour lequel nous avons suivi en général celui de Tédition de 1819, le plus exact et le Jilus pur, nous l'avons revu avec la plus grande attention et nous avons pu corriger quelques leçons manifestement vicieuses, dues sans doute à une lecture trop rapide des manuscrits. Dans l'ensemble de l'œuvre, les divbions générales
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des précédentes éditions ont été conservées. Nous rappellerons qu*au titre ildylles nous avons substitué celui de Poésies antiques; celles-ci ont été subdivisées en Petits Poèmes t Élégies, Idylles f^Épigrammes ^ Études et FrugmentSj et nous y avons joint les Petits Fragments^ publiés en 1859 par M. Sainte-Beuve. Les Elégies ont été réparties en trois livres : le premier comprend toutes les pièces qu*ont inspirées l'amitié, les arts, ainsi que les joies, les souffrances intimes et les voyages du poète ; le second renferme toutes les élégies adressées à Lycoris, à Camille, à D*.r. ; et le troisième, les pièces d'un rhythme nouveau, où le poète a celé* bré Fanny, la plus chaste des Muses. Aux EpUres sont venues se joindre quelques pièces rangées à tort dans les Élégies. Dans VArt d aimer sont entrés plusieurs morceaux, qui prennent ainsi une importance qu'ils n'avaient pas dans les fragments d'élégies. Enfin, plusieurs pièces composées en grande partie à Saint-Lazare ont été réunies sous le titre de Dernières Poésies,
Quant à l'Hermès, profitant du travail de H. Sainte-Beuve et de la publication récente de H. Egger, nous avons essayé, dans cette édition, d'en coordonner les fragments et de reconstruire ce poème sur le plan que paraît en avoir trace André Chénier.
Toute classification trop absolue a été écai^tée, comme pouvant être contraire à la vérité ; nous avons tâché de concilier l'importance, la nature, le genre et la date présumée des différentes pièces. Il ne faut pas d'ailleurs l'oublier : ici tout est factice, comme dans toute œuvre posthume dont la publication n'a pas été préparée par l'auteur lui-même. Que
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serait-il en effet advenu des mille projets que le temps n'a pas permis à André Ghénier de réaliser? Nul ne le sait ; et même aurions-nous sous les yeux ses manuscrits et les quelques indications qu'on y rencontre, qu'il serait présomptueux de décider dans quel ordre et sous quels titres il eût publié ses poésies.
Quant aux notes, nous n'en dirons que peu de mots. On verra que nous y avons relevé les variantes, et tous les passages des poètes anciens imités par André Ghénier, sans oublier d'indiquer ceux qui l'avaient été, avant lui, par nos principaux poètes lyriques et élégiaques. Elles ont été l'objet d'une révision sévère et l'on en trouvera im grand nombre de nouvelles. C'est ainsi qu'une lecture plus attentive d'Aristophane nous a fait découvrir quelques imitations curieuses qui nous avaient primitivement échappé.
Ces notes se rapportent tour à tour à Téinidition, à la pensée, à la diction poétique, à la langue. Le désir d'être exact et utile nous a fait une loi de remonter toujours à la source antique et de puiser toutes nos explications, de quelque nature qu'elles fussent, dans les écrivains grecs et latins, si familiers à André Chénier, le plus érudit des poètes français.
Quant au Lexique, nous avons cru devoir le supprimer dans cette édition que son format destinait à être portative. Mais nous avons dressé un index des variantes que présentent les différentes éditions et des corrections que nous avons nousmême introduites dans le texte d'André Chénier. La table des matières elle-même a été modifiée : nous y avons donné pour chaque pièce la date de la première publication. On reconnaîtra enfin, nous l'espérons, que nous n'avons reculé devant
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aucun effort, devant aucune recherche pour rendre cette nouvelle édition digne du bienveillant accueil que la critique française avait fait à notre précédent travail. '
La longue intimité dans laquelle nous avons de nouveau vécu avec ce jeune et puissant génie n'a fait que confirmer notre admiration première. Les œuvres d* André Chénier pénètrent rame, car elles sont enflammées d'une éloquente vie. La lecture en est salutaire : elle forme, fixe ou ravive'Ie goût, ramène au saint amour des lettres, au culte de la forme dans les arts ; et, à un point de vue plus élevé, plus grave, au milieu des inquiétudes morales et politiques de notre époque, elle doit ranimer dans tous les cœurs l'amour de la vertu et de la liberté.
Partout, au nom du poète, nous avons trouvé les plus encourageantes et les plus chaleureuses sjmpaChies. C'est un devoir pour nous de rappeler tout ce que nous devons à l'illustre critique qui n'est plus. Nous ne pouvons oublier que les travaux de H. Sainte-Beuve, en éclairant et la route et le but, ont assuré nos premiers pas ; et que, dans un désintéressement littéraire, digne d'être remarqué, il a mis à notre disposition le manuscrit qui contenait les précieuses notes de H. Boissonade.
Il nous est impossible encore de ne pas nous souvenir de la grâce charmante avec laquelle Madame la comtesse Ilocquart nous a livré les traditions d'une noble famille, où vit encore le souvenir d'André, et nous a permis de contempler l'imago adorée de Fanny, cette chaste Huse des derniers beaux jouri du poète.
Plusieurs personnes ont eu la bqnté de nous rappeler la