‹ Poésies de André ChénierChapitre 255 sur 418 · V. il. Voy. Poés. ant., Élég., lll · texte numérisé non relu

V. il. Voy. Poés. ant., Élég., lll

Tu verras, comme toi, si mon cœur est paisible.

J'ai soulevé, pour toi, sur ma couche pénible,

Ma tête appesantie. Assis et plein de toi, is

Le nocturne flambeau qui luit auprès de moi

Me voit, en sons plaintifs et mêlés de caresses,

Verser sur le papier mon cœur et mes tendresses.

0 Camille, tu dors ! tes doux yeux sont fermés.

Ton haleine de rose aux soupirs embaumés 20

Entr'ouvre mollement tes deux lèvres vermeilles.

Mais, si je me trompais, dieux ! ô dieux ! si tu veilles.

Et, lorsque loin de toi j'endure le tourment

D'une insomnie amère, aux bras d'un autre amant.

Pour toi, de cette nuit qui s'échappe trop vite, 2S

Une douce insomnie embellissait la fuite !

Dieu d'oubli, viens fermer mes yeux. 0 dieu de paix,

Sommeil, viens, fallût-il les fermer pour jamais!

Un autre dans ses bras ! ô douloureux outrage !

Un autre ! ô honte ! ô mort ! ô désespoir ! ô rage ! 30

Malheureux insensé, pourquoi, pourquoi les dieux

A juger la beauté formèrent-ils mes yeux ?

Pourquoi cette âme faible et si molle aux blessures

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