‹ Poésies de André ChénierChapitre 292 sur 418 · LIVRE III. — FANNY · texte numérisé non relu

LIVRE III. — FANNY

Belle bientôt comme elle, au retour d*Ërîgone L*enfant va ranimer, nourrisson de Pomone 20

Ce front que de Borée un souffle avait terni. Oh! de la conserver, cieux, faites votre étude; Que jamais la douleur, même l'inquiétude, N'approchent du sein de Fanny.

Que n'est-ce encor ce temps et d*amour et de gloire, 2d

Qui de Pollux, d'Alceste, a gardé la mémoire.

Quand un pieux échange apaisait les enfers !

Quand les trois sœurs pouvaient n'être point inflexibles,

Et qu'au prix de ses jours, de leurs ciseaux terribles

On rachetait des jours plus chers ! se

Oui, je voudrais alors qu'en effet toute prête, La Parque, aimable enfant, vînt menacer ta tête, Pour me mettre en ta place et te sauver le jour ; Voir ma trame rompue à la tienne enchaînée,

Y. 26. Sur Pollux, voyez VÉpitre à IjC Brun et au marquis de BrazaiSf V. 93. Alceste, femme d'Admète, se dévoua pour sauver les jours de son mari. Voy. la belle tragédie d'Euripide, bien digne d'animer le tendre génie de Racine.

V. 34. Cette pensée a été mille fois exprimée par les poètes. Sénèque, Brevit. vUœ, YIII, dit que les hommes sont ainsi toujours prêts à donner leur vie, parce que le temps n'est pas une chose dont on connaît et dont on pèse la valeur exacte. Hais il est juste .de dire que cette pensée marque chez les poètes un instant d'expansion, d'amour, d'enthousiasme, qui n'a rien de fictif, et qui honore dans le poète ou l'amant ou l'ami. Les passages où cette pensée se rencontre sont nombreux ; nous nous contenterons d'en indiquer quelques-uns. Cf. Ovide, Met,, YII, 168, et Met., X, 202 (Apollon à Hyacinthe] ; Tibulle, I, vi, 63 ; Pétrone, Mulierculœ epUaphium; Stace, Silves, III, m, 192 (Ëtruscus devant les cendres de son père fait aussi allusion à .\Iceste); Stace, Silv., Y, i, 176 ; Martial, I, 37 ; Segrais, Égl., Vil; Racine, Jî^ré*/i., Il, ii (Titus à Bérénice) et Idylle sur la paix ; La Fontaine, Épitaphe d^Homonée ; Parny, ?oé», érot., II, IV. Molière n'a pas manqué de mettre cette pensée dans là bouche de Tartufe, et de lui faire dire à Elmire :

On ne peut trop chérir votre chère santé, Et fiMÎr li r^bllf f ««nrals ionné la mMone.

Et Fanny s'avouer par moi seul fortunée, ss

Et s'applaudir de mon amour.

Ma tombe quelque jour troublerait sa pensée. Quelque jour, à sa fille entre ses bras pressée. L'œil humide peut-être, en passant près de moi : « Celui-ci, dirait-elle, à qui je fus bien chère, 4o

Fut content de mourir, en songeant que ta mère N'aurait point à pleurer sur toi. »

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