‹ Poésies de André ChénierChapitre 316 sur 418 · A DE PANGE · texte numérisé non relu

A DE PANGE

Du vertueux bonheur montres-tu les chemins

A ce frère naissant dont j*ai vu que tes mains

Aiment à cultiver la charmante espérance? 5

Ou bien vas-tu cherchant dans Tombre et le silence,

Seul, quel encens le Gange aux flots religieux

Vit les premiers humains brûler aux pieds des dieux?

Ou comment dans sa route, avec force tracée.

Descartes n'a point su contenir sa pensée ? lo

Consumant ma jeunesse en un loisir plus vain,

Seul, animé du feu que nous nommons divin,

Qui pour moi chaque jour ne luit qu'avec l'aurore.

Je rêve assis au bord de cette onde sonore

Qu'au penchant d'Hélicon, pour arroser ses bois, i5

Le quadrupède ailé fit jaillir autrefois.

A nos festins d'hier un souvenir fidèle

Reporte mes souhaits, me flatte, me rappelle

Tes pensers, tes discours, et quelquefois les miens,

L'amicale douceur de tes chers entretiens, 20

V. 5. « U espérance de quelqu*un, » c'est-à-dire l'espérance que nous donne quelqu'un. Molière a dit de même dans V École des femmes , IV, I .

Je l'aurai fait passer chez moi dès son enfance, Et yen aurai chéri la plus tendre espérance.

V. 10. Allusion au système des tourbillons. V. 14. Properce, III, m, 1 :

Visus eram molli recubans Heliconis in umbra Bellerophoutei qua fluit humor equi.

Y. 16. c( Le quadrupède ailé. » Pégase, né de Neptune et de Méduse, Tune des Gorgones [Schol. Pind., 01., XIII, 118 ; Apollodore, II, m et iv). Il est surtout connu dans l'histoire fabuleuse de la Grèce par l'aventure héroïque de Bellérophon [Pind. supr. citât.) Dans les légendes des .poètes, il est célèbre par la fontaine Hippocrène, qu'il fit jaillir d'tfn coup de sabot [Nonnus, JHonys.^ XLIV, 6; Ovide, Fast., V, 7); cette fontaine se trouvait sur l'Hélicon. La fiéotie, du reste, était riche en fontaines des Muses ; voy. Pline, Hist. nat., IV, vu. C'est du nom de Pégase que les Muses sont appelées Pégasides; voy. Properce, III, i, 19. Pindare, 01., XIII, 122 : € tizitoi Ttrtpoiii. » Régnier, Sat. IX, l'appelle a le cheval volant. » Milton, Par, perdu, VII, 17 . « The flying steed. »

332 ËPITRES.

Ton honnête candeur, ta modeste science,

De ton cœur presque enfant la mûre expérience.

Poursuis : dans ce bel âge où, faibles nounissons,

Nous répétons à peine un maître et ses leçons.

Il est beau, dans les soins d*un solitaire asile 25

(Même dans tes amours, doux, aimable, tranquille).

De savoir loin des yeux, sans faste, sans fierté,

Sage pour soi, content, chercher la vérité.

Va, poursuis ta carrière, et sois toujours le même ;

Sois heureux, et surtout aime un ami qui t'aime. 30

Ris de son cœur débile aux désirs condamné,

De Tétude aux amours sans cesse promené.

Qui, toujours approuvant ce dont il fuit l'usage,

Aimera la sagesse, et ne sera point sage.

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