‹ Poésies de André Chénier (volume 2)Chapitre 35 sur 108 · CHRYSÉ · texte numérisé non relu

CHRYSÉ

Pourquoi, belle Chrysé, t’abandonnant aux voiles, T’éloigner de nos bords sur la foi des étoiles ? Dieux! je t’ai vue en songe; et, de terreur glacé.

J’ai vu sur des écueils ton vaisseau fracassé.

Ton corps flottant sur l’onde, et tes bras avec peine Cherchant à repousser la vague ionienne.

Les filles de Nérée, ont volé près de toi.

Leur sein fut moins troublé de douleur et d’effroi. Quand du bélier doré, qui traversait leurs ondes,

La jeune Hellé tomba dans leurs grottes profondes. Oh! que j’ai craint de voir à cette mer, un jour, Tiphys donner ton nom et plaindre mon amour ! Que j’adressai de vœux aux dieux de l’onde amère! Que de vœux à Neptune, à Castor, à son frère ! Glaucus ne te vit point; car sans doute avec lui. Déesse, au sein des mers tu vivrais aujourd’hui.

Déjà tu n’élevais que des mains défaillantes;

Tu me nommais déjà de tes lèvres mourantes. Quand, pour te secourir, j’ai vu fendre les flots Au dauphin qui sauva le chanteur de Lesbos.

[Imité de Properce.]

AMYMONE

Salut, belle Amymone ! et salut, onde amère,

A qui je dois la belle à mes regards si chère!

Assise dans sa barque elle franchit les mers.

Son écharpe à longs plis serpente dans les airs. Ainsi Ton vit Thétis flottant vers le Pénée,

Conduite à son époux par le blond Hyménée, Fendre la plaine humide, et se tenant au frein. Presser le dos glissant d’un agile dauphin.

Si tu fusses tombée en ces gouffres liquides,

La troupe aux cheveux noirs des fraîches Néréides A ton aspect sans doute aurait eu de l’effroi,

Mais pour te secourir n’eût point volé vers toi.

Près d’elles descendue, à leurs yeux exposée,

Opis et Cymodoce et la blanche Nésée Eussent rougi d’envie, et sur tes doux attraits Cherché, non sans dépit, quelques défauts secrets ; Et loin de toi chacune, avec un soin extrême.

Sous un roc de corail menant le dieu qu’elle aime. L’eût tourmenté de cris amers, injurieux.

S’il avait en partant jeté sur toi les yeux.

Néère, ne va plus te confier aux flots,

De peur d’être déesse, et que les matelots N’invoquent, au milieu de la tourmente amère, La blanche Galâtée et la blanche Néère.

BUCOLIQUES

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