‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 225 sur 496 · LIVRE I. — MÉDITATIONS. - VOVAGES · texte numérisé non relu

LIVRE I. — MÉDITATIONS. - VOVAGES

Quels maux ont abrégé ses rapides instants ;

Qu’il fut bon, qu’il aima, qu’il dut vivre longtemps.

Ah ! le meurtre jamais n’a souillé mon courage. 25

Ma bouche du mensonge ignora le langage ,

Et jamais, prodiguant un serment faux et vain,

Ne trahit le secret recelé dans mon sein.

Nul forfait odieux, nul remords implacable

Ne déchire mon âme inquiète et coupable. ôo

Vos regrets la verront pure et digne de pleurs.

Oui, vous plaindrez sans doute, en mes longues douleurs,

Et ce brillant midi qu’annonçait mon aurore,

Et ces fruits dans leur germe éteints avant d’éclore,

V. 25. C'est ici que commence l'imitation de Tibulle, III, v, 5 :

At mihi Persephone nigram denunciat horam :

Immerito juveni parce nocere, don.

Non ego tentavi, nulli temcranda virorum,

Audax laudandæ sacra docere deæ.

Nec mea mortiferis infecit pocala succis Dexlera, nec cuiquam tetra venena dédit;

Nec nos sacrilegos templis admovimus ignés;

Nec cor sollicitant facta nefanda meum ;

Nec nos, insaniæ méditantes jurgia linguæ,

Impia in adverses solvimus ora deos.

F.t nondum cani nigros læsere capillos;

Nec venit tardo curva senecta pede.

Déjà, dans une autre élégie, Tibulle, I, ut, 51 :

Parce, pater! timidum non me perjuria terrent,

Non dicta in sanctos impia verba deos.

Cf. Ovide, Hér., XXI, 173; Claudien, Rapt de Pros.. II, 257.

Au v. 25, André par le mot meurtre désigne le duel, qu’il détestait, et qu’il flétrit dans ses Œuvres en prose, p. 40 ; « Les femmes... de tout temps admiratrices secrètes ou déclarées de ces assassinats chevaleresques appelés duels, semblent encourager, par d'homicides applaudissements, cette férocité lâche et stupide. »

V. 27. Voy. dans les Œuvres en prose, p. 268, le fragment trèscurieux sur le serment.

Page 1