‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 241 sur 496 · LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES

O mon cœur ! ô mes sens ! laissez-moi respirer ;

Laissez-moi dans la paix et l’ombre solitaire

Travailler à loisir quelque œuvre noble et üèrc 20

Qui, sur l’amas des temps propre à se maintenir,

Me recommande aux yeux des âges à venir.

Mais non ! j’implore en vain un repos favorable ;

Je t’appartiens, Amour, Amour inexorable !

Eh bien! conduis-inoi aux pieds de... Je ne refuse aucun esclavage... Conduis-inoi vers elle, puisque c’est elle que tu ine rappelles toujours... Allons, suivons les fureurs de l’àge; mais puisset-il passer vite!... Puisse venir la vieillesse!... La vieillesse est seule heureuse. (Contredire pied à pied l'élégie contre la vieillesse.)

Le vieillard se promène à la campagne, se livre à des goùls innocents, étudie sans que les vaines fureurs d’Apollon le fatiguent... Les soins de la propreté, une vie innocente, font fleurir la santé sur son visage ; s’il devient amoureux d’une jeune belle,

Il a le bien d’aimer sans en avoir les peines; 25

Il n’en exige rien, il ne vent que l’aimer.

Elle y consent, tout le monde le sait ; elle le permet,

et n’en fait pas mystère,

Et ne le reçoit point avec un œil sévère,

N’atl’ecte point de rire en le voyant pleurer,

Ne met point son étude à le désespérer. 30

Non; il entre, elle accourt; une aimable indulgence Sourit dans ses beaux yeux au vieillard qui s’avance ;

11 l’embrasse. Il n’a point ces suprêmes plaisirs Dont son âge paisible ignore les désirs...

V 23. Saint-Lambert, dans un poème long et froid, sur les Charmes de la vieillesse :

La neauté peut donner une volupté pure Sans porter dans nos cœurs le trouble du désir.

Sénèque, Ép. ad Luc., XII, a touché quelques mots des avantages de la vieillesse, mais, il faut le dire, un peu en rhéteur.

194 ÉLÉGIES

Mais il est assis près d’elle, il la voit : elle livre ses bras à ses baisers,

A ses débiles mains laisse presser ses flancs, ss

Et le caresse, et joue avec ses cheveux blancs. “

Les petits garçons et les petites filles, qui jouent, sautent de joie en l’entendant venir. 11 se mêle avec ('), il fait la paix, il est l’arbitre de leurs jeux. Quand il y a une belle partie à la promenade, à l’ombre on l’attend, on lui garde la meilleure place.

Au sein de sès amis il éteint Son flambeau,

Et ceux qui l’ont connu pleurent sur son tombeau.

. v xvi ,

Partons, la voile est prête, et llvzance m’appelle.

Je suis vaincu ; je suis au joug d’une cruelle.

Le temps, les longues mers peuvent seuls m’arracher Ses traits que malgré moi je vais toujours chercher ;

Son image partout à mes yeux répandue, b

(*) « Il se mile avec. » Dans l’éd. 1830, on a corrigé et mis : a 11 sc mêle avec eux. «L'expression d’André n'est qu’une inattention, ou plutôt c’est le style abrégé d’une note manuscrite. Ce serait une faute. On trouve cependant le mot avecque employé sans complément par nos vieux écrivains, à l’époque où la langue n’était pas encore fixée. — Villon, Grand Test., II :

Éoy ne lui dov, ne hommage avecque.

On le trouve même dans la Fontaine, Fabl , IV, xx :

Il avait dans la terre tme somme enfouie,

Son ca-ur avec

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