LIVRE II. — CAMILLE
TV paraisse bien lent ; je veux que nuit et jour Tu m’aimes (nuit et jour, hélas ! je me tourmente! ). Présente au milieu d’eux, sois seule, sois absente ;
Dors en pensant à moi ; rêve-moi près de toi ;
Ne vois que moi sans cesse, et sois toute avec moi. H>
Au retour d’un festin, seule, ô dieux! sur ta couche,
Si cet heureux papier s'approchait de ta bouche !
Enfermé dans la soie, oh ! si ta belle main Daignait le retrouver, le presser sur ton sein !
Je le saurai ; l’Amour volera me le dire. 83
Dans l’âme d’un poète un dieu même respire ;
Et ton cœur ne pourra me faire un si grand bien,
Sans qu’un transport subit avertisse le mien.
Fais-le naître, ô Camille. Alors toutes mes peines S’adoucissent ; alors, dans mes paisibles veines, 90
Mon sang coule en Ilots purs et de lait et de miel,
Et mon âme se croit habitante du ciel !
y a dans ces vers de Térence. Voici la traduction en vers de M. le marquis de Belloy :
Adieu, ne voulei-vous rien déplus aujourd’hui?
— Que voudrais-je, Thaïs, sinon que, près de lui,
Ton Ame en soit bien loin ; que tu m'aimes absente;
Que je sois ton désir, ton rêve, ton attente,
Ton ivresse, ton bien ; que lu sois toute à moi,
De cœur, puisque le mien ne bat plus que pour toi?
Ovide a dit dans I 'Art d'aimer, II, 317 :
Te semper videat, tibi semper prabeal aures ;
Exhibeal vultus noxquc diesque tuos.
V. 80. L'élégie s’arrête à ce vers dans les éd. 1810, 1826, 1833. Ce que l’éd. 1833 publia comme Fragments, l'éd. 1839 le joignit à l’élégie. Le passage qui suit (v. 81 à 92) s’y adapte heureusement, et nous l'avons conservé ; mais le fragment ; dînai le jeune amant, etc., ne s'y rapporte en rien et ne lui appartient pas. On le trouvera dans l’drf d’aimer.