‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 310 sur 496 · LIVRE II. — CAMILLE · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CAMILLE

Ah ! je l’aimais alors ! Je l’aimerais encore,

Si de tout conquérir la soif qui la dévore 60

Eût flatté mon orgueil au lieu de l’outrager,

Si mon amour n’avait qu’un outrage à venger.

Si vingt crimes nouveaux n’avaient trop su l’éteindre,

Si je ne l’abhorrais ! Ah ! qu’un coeur est à plaindre

De s 'être à son amour longtemps accoutumé, 65

Quand il faut n’aimer plus ce qu’on a tant aimé !

Pourquoi, grands dieux! pourquoi la fîtes-vous si belle?

Mais ne me parlez plus, amis, de l’infidèle :

Que m’importe qu’un autre adore scs attraits,

Qu’un autre soit le roi de ses festins secrets : :o

Que tous deux en riant ils me nomment peut-être ;

De ses cheveux épars qu'un autre soit le maître ;

Qu’un autre ait ses baisers, son cœur; qu’une autre main Poursuive lentement des bouquets sur son sein?

Un autre! Ah! je ne puis en souffrir la pensée ! 75

Riez, amis, nommez ma fureur insensée.

Vous n’aimez pas, et j’aime, et je brûle, et je pars Me coucher sur sa porte, implorer ses regards. :

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