LIVRE II. — CAMILLE
Je suis né pour l’amour, j’ai connu ses travaux;
Mais certes sans mesure il m’accable de maux.
A porter ce revers mon âme est impuissante.
Et quoi ! beauté divine, incomparable amante,
Je vous perds! Quoi! par vous nos liens sont rompus! 5 Vous le voulez; adieu, vous ne me verrez plus :
Du besoin de tromper ma fuite vous délivre.
Je vais loin de vos yeux pleurer au lieu de vivre!
Mais vous fûtes toujours l’arbitre de mon sort ;
Déjà vous prévoyez, vous annoncez ma mort. 10
Oui, sans mourir, hélas! on ne perd point vos charmes.
Ah ! que n’ êtes-vous là pour voir couler mes larmes,
Pour connaître mon cœur, vos fers, vos cruautés,
Tout l’amour qui m’embrase et que vous méritez!
Pourtant, que faut-il faire? on dit (dois-je le croire? ) i‘>
Qu’aisément de vos traits on bannit la mémoire ;
Que jusqu’ici vos bras inconstants et légers Ont reçu mille amants comme moi passagers;
Que l’ennui de vous perdre, où mon âme succombe,
N’a d’aucun malheureux accéléré la tombe. 20
Comme eux j’ai pu vous plaire, et comme eux vous lasser ; De vous, comme eux encor, je pourrai me passer.
Mais quoi ! je vous jurai d’éternelles tendresses !
Et quand vous m’avez fait, vous, les mêmes promesses,