‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 334 sur 496 · LIVRE II. — CAMILLE · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CAMILLE

Je suis né pour l’amour, j’ai connu ses travaux;

Mais certes sans mesure il m’accable de maux.

A porter ce revers mon âme est impuissante.

Et quoi ! beauté divine, incomparable amante,

Je vous perds! Quoi! par vous nos liens sont rompus! 5 Vous le voulez; adieu, vous ne me verrez plus :

Du besoin de tromper ma fuite vous délivre.

Je vais loin de vos yeux pleurer au lieu de vivre!

Mais vous fûtes toujours l’arbitre de mon sort ;

Déjà vous prévoyez, vous annoncez ma mort. 10

Oui, sans mourir, hélas! on ne perd point vos charmes.

Ah ! que n’ êtes-vous là pour voir couler mes larmes,

Pour connaître mon cœur, vos fers, vos cruautés,

Tout l’amour qui m’embrase et que vous méritez!

Pourtant, que faut-il faire? on dit (dois-je le croire? ) i‘>

Qu’aisément de vos traits on bannit la mémoire ;

Que jusqu’ici vos bras inconstants et légers Ont reçu mille amants comme moi passagers;

Que l’ennui de vous perdre, où mon âme succombe,

N’a d’aucun malheureux accéléré la tombe. 20

Comme eux j’ai pu vous plaire, et comme eux vous lasser ; De vous, comme eux encor, je pourrai me passer.

Mais quoi ! je vous jurai d’éternelles tendresses !

Et quand vous m’avez fait, vous, les mêmes promesses,

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