‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 403 sur 496 · V. 130. Dans son Histoire de l’astronomie · texte numérisé non relu

V. 130. Dans son Histoire de l’astronomie

V. 140. Ce passage témoigne des projets épiques d’André. Fayolle a dit avoir vu parmi les manuscrits le plan d’un poème sur la conquête du Pérou ; c’est probablement le poème de l'Amérique, qui devait avoir trois chants et comprendre toute l’histoire des découvertes et des conquêtes dans le nouveau monde, mais dont André ne poussa pas très-loin l’exécution.

L’INVENTION

Et ccs mêmes objets, que vos doctes mépris Accueillent aujourd’hui d’un Iront dur et sévère,

Alors à vos regards auraient seuls droit de plaire.

Alors, dans l’avenir, votre inflexible humeur

Aurait soin de défendre à tout jeune rimeur ibo

D’oser sortir jamais de ce cercle d’images

Que vos yeux auraient vu tracé dans leurs ouvrages.

Mais qui jamais a su, dans des vers séduisants,

Sous des dehors plus vrais peindre l’esprit aux sens?

Mais quelle voix jamais d’une plus pure flamme ia5

Et chatouilla l’oreille et pénétra dans l’àme?

Mais leurs mœurs et leurs lois, et mille autres hasards, Rendaient leur siècle heureux plus propice aux beaux-arts. Eh bien ! lame est partout ; la pensée a des ailes.

Volons, volons chez eux retrouver leurs modèles ; 160

Voyageons dans leur âge, où, libre, sans détour,

Chaque homme ose être un homme et penser au grand jour. Au tribunal de Mars, sur la pourpre romaine,

V. 148. Horace, reprochant aussi aux Romains de ne permettre l'audace poétique qu'aux anciens, Ep. ad Pis., 53 :

Quid aulein ?

Cxcilio Plautoque dakit Romanus, ademptum Virgilio, Varioquc?

V. 163 et suiv. Tout le passage qui suit est imité de Pétrone, Satyr., V : Sed sive armigeræ rident Tritonidis arecs,

Seu Lacedæmonio tellus habitats colotio,

Sirenumque domus. det primos versibus annos,

Mæoimimque bibat felici pectore fontem ;

Moi et Socratico plcnus grege miltat habenns Liber, et ingentis quatial Deinosthenis arma.

Hinc Romana manus cimimfluat, et modo Graio Exoneruta sono, mulet suffusa saporein.

Interdum subducta foro det pagina cursum,

Et cortina sonet ecleri distincta meatu.

Item epulas et bolla truci memorata canore :

Grandiaque indomiti Ciceronis verba minentur.

His animum succinge bonis, sic Humilie largo Plenus, Pierio defunde» pectore verba.

Relire dans Longin, du Subi., les chapitres x et xu, qui traitent de 1 imi talion et de la manière d'imiter.

POEMES

Là, du grand Cicéron la vertueuse haine Écrase Céthégus, Catilina, Verrès;

Là tonne Démosthène ; ici de Périclès La voix, l’ardente voix, de tous les cœurs maîtresse,

Frappe, foudroie, agite, épouvante la Grèce.

Allons voir la grandeur et l’éclat de leurs jeux.

Ciel ! la mer appelée eu un bassin pompeux!

Deux flottes parcourant cette enceinte profonde,

Combattant sous les yeux des conquérants du monde !

0 terre de Pélops ! avec le monde entier Allons voir d’Épidaure un agile coursier.

Couronné dans les champs de Némée et d’Élide ;

Allons voir au théâtre, aux accents d'Euripide,

D’une sainte folie un peuple furieux Chanter ; Amour, tyran des hommes et des dieux!

Y. 1C8. C’est le portrait qu’Aristophane, Ach., 530, nous trace de Périclès :

’Evt«û8iv bpyA Utpi*J.ir,( oôKijajriO;

■ijrzpa Ttr’, ibpàvra, Çuvjzùx a râv E/lâca.

Cf. Diodore, XII, xl; Plutarque, Périclès, VIII. — I.e scholiaste cite un vers d’Eupolis remarqué par presque tous les écrivains qui ont parlé de Périclès; voy. Cicéron, Orat. , XV, de Suad.; Brut., IX; Quintilicn, XII, 40. — Cicéron, Orat. ad M. Brut., XXIX, rappelle aussi les paroles d' Aristophane ; Aristide, Orat., 45, rapporte l'expression célèbre du poète comique Cratinus sur Périclès ; « rQ ptytavo yiinza tüj 'Ej'ir,veàcdv. »

V. 170. Allusion aux naumachies romaines, jeux en honneur sous les Césars et dont parle Suétone. On y représentait fréquemment cette bataille d’Actium, si célèbre que les enfants la simulaient dans leurs jeux ; voy. Horace, Eptt., I, xvm, 01.

V. 174. André est exact jusque dans les moindres détails : les coursiers d’Epidaurc étaient célèbres’; voy. Strabon, VIII, vin.

V. 178. Lucien, Quomoit. hist. cotiser, sit, I, raconte que, sous le règne de Lysimaque (301 av. J. C.), à Abdère, pendant les chaleurs de la canicule, un acteur, nommé Arcbélaüs, joua l 'Andromède d'Euripide avec une telle passion que le peuple, surexcité par la poésie d’Euripide, par le jeu de l’acteur et par les feux du soleil, sortit du théâtre en proie à une frénésie qui dura tout le temps des chaleurs, criant et chantant ce vers d’une tirade de Persée :

£ù b’ ù Qi£n rùpant xàvOpt&tuv “Epm.

L’INVENTION

Puis, ivres des transports qui nous viennent surprendre, Parmi nous, dans nos vers, revenons les répandre ; 180

Changeons en notre miel leurs plus antiques fleurs;

Pour peindre notre idée empruntons leurs couleurs ; Allumons nos flambeaux à leurs feux poétiques;

Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques.

Direz-vous qu’un objet né sur leur Hélicon w;

A seul de nous charmer pu recevoir le don ;

Que leurs fables, leurs dieux, ces mensonges futiles,

Des Muses noble ouvrage, aux Muses sont utiles;

Que nos travaux savants, nos calculs studieux,

Qui subjuguent l’esprit et répugnent aux yeux, ioo

Athénée, XIII, i, p. 561, B, nous a conservé six autres vers. Cette pensée du reste n'appartient pas en propre à Euripide, qui l'a reproduite dans Phèdre, selon le témoignage de Clément d’Aleiandrie, Slrom., VI, p. 449, E (Stobée, LXII, ‘25, attribue ce fragment à Sophocle) ; Clément d’Alexandrie le rapproche des deux vers d’Anacréon, OJ. LVIII :

"OS: xsci fliüv ôovst» tvjj, iSi xorî jicoToit; SzfixÇet.

Sophocle l’exprime dans Antigone, 781, ainsi que dans les Colchides (Stobée, LXIII, 6). Et on la retrouve presque sous la même forme dans Hésiode, Théog., 121. Pétrone, Satyr., CXX, a dit de la fortune:

Iterum humanarum, divinarumque poteslas.

Corneille, Itodogune, III, h, appelle l'Amour (ce UavSa/ixTup, comme disaient les Grecs) : « Le grand maître et des rois et des dieux. » Le Brun, Veillées du Parnasse : « Le vainqueur des héros et des dieux. >• I-i Fontaine avait dit, dans Psyché, I :

On le craint dans les cieux, on le craint sur la terre.

V. 181. Ce vers résume admirablement toute la pensée d'André. Aux temps héroïques de la Grèce, Homère, Odyss., I, 351 , disait déjà :

Tèv yàp àoiSr,v /xzJJ.ov Irrexiaiou»’ âvOpamot, nrtf àxooo'vTSTvt vturstn) àft?tniXr,7ai.

M. Sainte-Beuve, Étude sur Virgile, cite le vers d’André en en développant la pensée, et le rapproche de ces vers de Virgile, Géorg., III, 8

Tentanda via est, qua me quoque possim

Tollere humo, victorquc virum volitare per oro.

Cf. Pindarc, 01., IX, 72 ; Manilius, Âstr., III.

POÈMES

Que l’on croit malgré soi, sont pénibles, austères,

lût moins grands, moins pompeux que leurs belles chimères?

Voilà ce que traités, préfaces, longs discours,

Prose, rime, partout nous disent tous les jours.

Mais enfin, dites-moi, si d’une œuvre immortelle «5

La nature est en nous la source et le modèle,

Pouvez-vous le penser que tout cet univers,

Et cet ordre éternel, ces mouvements divers,

L’immense vérité, la nature elle-même,

Soit moins grande en effet que ce brillant système 300 Qu’ils nommaient la nature, et dont d’heureux efforts Disposaient avec art les fragiles ressorts ?

Mais quoi! ces vérités sont au loin reculées,

Dans un langage obscur saintement recélées :

Le peuple les ignore. O Muses, ô Phoebus ! 303

C'est là, c’est là sans doute un aiguillon de plus.

L’auguste poésie, éclatante interprète,

Se couvrira de gloire en forçant leur retraite.

Cette reine des cœurs, à la touchante voix,

A le droit, en tous lieux, de nous dicter son choix, 2in

Sûre de voir partout, introduite par elle,

Applaudir à grands cris une beauté nouvelle,

Et les objets nouveaux que sa voix a tentés Partout, de bouche en bouche, après elle chantés.

Elle porte, à travers leurs nuages plus sombres, 215

Des rayons lumineux qui dissipent leurs ombres.

Et rit quand, dans son vide, un auteur oppressé Se plaint qu’on a tout dit et que tout est pensé.

Seule, et la lyre en main, et de fleurs couronnée,

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