V. 21. Voy. Élfg., I, IX
Ali ! le meurtre jamais n’a souillé mon courage;
Ha bouche du mensonge ignora le langage ; etc.
SAINT-LAZARE
Mon beau voyage encore est si loin de sa fin ! 2:.
Je pars, et des ormeaux qui bordent le chemin J’ai passé les premiers à peine.
Au banquet de la vie à peine commencé,
Un instant seulement mes lèvres ont pressé
La coupe en mes mains encor pleine. 30
Je ne suis qu’au printemps, je veux voir la moisson ;
Et comme le soleil, de saison en saison,
Je veux achever mon année.
Brillante sur ma tige et l’honneur du jardin,
Je n’ai vu luire encor que les feux du matin ; 35
Je veux achever ma journée.
V. 27. N'cst-ce pas, harmonieusement développée, la belle expression de Stace, Silv., Il, t, 38 :
Anni stantes in limine vitre.
V. 28. En lisant ces vers touchants, qui n'a, entraîné par un souvenir inévitable, murmuré les beaux vers de Gilbert :
Au banquet de la vie infortuné convive,
J'apparus un jour et je meurs.
V. 30. L'expression était vague, Élég., I, ix, 43. 44; ici l'image la fixe. V. 35. Il avait moins bien dit, Éli’g , I, tx, 42 ;
A peine ouverte au jour, ma rose s’est fanée.
Mais il avait cette image plus mâle, qui convient à un homme ;
Je meurs, avant le soir j'ai fini ma journée.
Ronsard, Am.. I, lu, a dit ;
Je me consume au plus verd de mon âge.
Et, rapprochement remarquable, toute la pensée qu'André développe dans ces strophes de la Jeune Captive est contenue en germe dans une stance de Racine, Est lier, I, v :
Hélas ! si jeune encore,
Par quel crime ai-je pu mériter mon malheur?
Ma vie à peine a commencé d’éclore :
Je tomberai comme une fleur (')
Qui n'a vu qu'une aurore.
(') Dans les vers que le plus jeune des Trtidainc avait écrits à Saint-Lazare et dont nous avons parlé dans V Étude, c'e-l celte image qui s'y développe, un peu languissamment.
DERNIÈRES POÉSIES
O mort ! tu peux attendre ; éloigne, éloigne-toi ;
Va consoler les cœurs que la honte, l’effroi,
Le pâle désespoir dévore.
Four moi Paies encore a des asiles verts, 40
Les Amours des baisers, les Muses des concerts ;
Je ne veux point mourir encore. »
Ainsi, triste et captif, ma lyre toutefois S’éveillait, écoutant ces plaintes, cette voix,
Ces vœux d’une jeune captive ; 45
Et secouant le faix de mes jours languissants,
Aux douces lois des vers je pliais les accents De sa bouche aimable et naïve.
Ces chants, de ma prison témoins harmonieux,
Feront à quelque amant des loisirs studieux 50
Chercher quelle fut cette belle :
La grûce décorait son front et ses discours,
Et, comme elle, craindront de voir finir leurs jours Ceux qui les passeront près d’elle.
Mais quelle pénétration du génie pour combler l'intervalle ! — Ronsard, Am., II, Stances, nous montre aussi sa maîtresse,
Dans le ciel trop tôt retournée,
Perdant beauté, grâce et couleur,
Tout ainsi qu'une belle fleur Qui ne vit qu'une matinée.