‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 21 sur 424 · I.XXXIV · texte numérisé non relu

I.XXXIV

LE JEU DE PAUME

Vers quiconque est devenu maître;

Si, voués au lacet, de faibles accusés Expirent sous les mains de leurs coupables frères ; 340

Si le meurtre est vainqueur ; si des bras insensés Forcent des toits héréditaires ;

C’est bien. Fais-toi justice, û peuple souverain,

Dit cette cour lâche et hardie.

Ils avaient dit : C’est bien, quand, la lyre à la main, 345 I. 'incestueux chanteur, ivre de sang romain,

Applaudissait à l’incendie.

Ainsi de deux partis les aveugles conseils Chassent la paix. Contraires, mais pareils,

Dans un égal abîme, une égale démence 350

De tous deux entraîne les pas.

L’un, Vandale stupide, en soit humble arrogance,

Veut être esclave et despote, et s’offense Que ramper soit honteux et bas ;

L’autre arme son poignard du sceau de la loi sainte: 355

Il veut du faible sans soutien Savourer les pleurs ou la crainte.

V. «344. Tournure poétique qui rappelle Racine, Alh . II, IX :

Rions, chantons, dit cette troupe impie.

V. 345. On trouve, dans les fragments des OEuvres en prose , p. 273, rette phrase qui se rapporte exactement à ce passage : « Ces vils sophistes, à chaque excès, etc...

disaient : C’est bien » — Racine, Bcrén. Il, il, a exprimé la même pensée :

Pauus.

t j cour sera toujours du parti de vos vœux.

Titus.

F.t Je t’ai vue aussi, cette cour peu sincère,

A *«•» maître* toujours trop soigneuse de plaire,

Des crimrs de N'éron appri»u*er les horreurs;

Je i’ai vue A genoux consacrer ses fureurs.

A LOUIS DAVID

LXXW

L’un, du nom do sujet, l’autre de citoyen,

Masque son âme inique et de vices flétrie :

L’un sur l’autre acharnés, ils comptent tous pour rien 360 Liberté, vérité, patrie.

De prières, d’encens prodigue nuit et jour,

Le fanatisme se relève.

Martyrs, bourreaux, tyrans, rebelles tour à tour; Ministres effrayants de concorde et d’amour, 365

Venus pour apporter le glaive ;

Ardents contre la terre à soulever les deux,

Rivaux des lois, d’humbles séditieux,

De trouble et d’anathème artisans implacables...

Mais où vais-je ? L’œil tout-puissant 370

Pénètre seul les cœurs à l’homme impénétrables.

Laissons cent fois échapper les coupables Plutôt qu’outrager l’innocent.

Si plus d’un, pour tromper, étale un faux scrupule,

Plus d’un, par les méchants conduit, 375

N’est que vertueux et crédule.

De l’exemple éloquent laissons germer le fruit.

La vertu vit encore. Il est, il est des âmes Où la patrie aimée et sans faste et sans bruit

Allume de constantes flammes. 3»o

V. 369. « Artisan de trouble. >» Belle expression c’est Yartifex des Latins. Sénèque le tragique l'aimait Iwaucoup. Voy. Hipp. 559; Médèe , 734. Dans les Troyen nés , 750, Andromaquc appelle Ulysse :

O machina tor fraudU, o scclrrum artifrx.

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