PO KM ES
Mais la vérité seule est une, est éternelle ; 25
Le mensonge varie, et l'homme trop fidèle
Change avec lui : pour lui les humains sont constants.
Et roulent de mensonge en mensonge flottants...
Mais quand le temps aura précipité dans l'abîme ce qui est aujourd'hui sur le faîte, et que plusieurs siècles se seront écoulés l'un sur l’autre dans l'oubli, avec tout l’attirail des préjugés qui appartiennent à chacun d’eux, pour faire place à des siècles nouveaux et à des erreurs nouvelles....
Le français ne sera dans ce monde nouveau
Qu’une écriture antique et non plus un langage ; so
Oh! si tu vis encore, alors peut-être un sage,
Près d’une lampe assis, dans l’étude plongé,
Te retrouvant poudreux, obscur, demi-rongé,
Voudra creuser le sens de tes lignes pensantes :
Il verra si du moins tes feuilles innocentes 35
Méritaient ces rumeurs, ces tempêtes, ces cris Qui vont sur toi, sans doute, éclater dans Paris;...
alors, peut-être... on verra si... cl si, en écrivant, j’ai connu d’autre passion
Que l’amour des humains et de la vérité !
V. 31. Ronsard, dans la pièce citée à la page précédente, suit le destin de son livre jusque dans l'avenir; mais, il faut le dire, il y a dans la pensée de Romuml plus d’orgueil que de grandeur ;
Quelqu'un aprét mil ans. de mes vers rstonnr.
Voudra dedans mon Loir comme en Permette boire.
Kl, voyant mon pays, à peine voudra croire Que d'un si petit champ tri poète soit né.
Certes Ronsard est poete; mais André Chénier est, de plus, philosophe et moraliste.
V. 38. [Ce vers final, qui est toute la devise, un peu fastueuse, de la philosophie du dix- huitième siècle, exprime aussi l’entière inspiration de V Hermès. Sai*tf- RMTvr.j
FRAGMENTS
Mageljan, fils du Tage, et Drake et Bougainville Et l’Anglais dont Neptune aux plus lointains climats Reconnaissait la voile et respectait les pas.
Le Cancer sous les feux de son brûlant tropique L’attire entre l’Asie et la vaste Amérique, s
En des ports où jadis il entra le premier.
Là l’insulaire ardent, jadis hospitalier,
L’environne : il périt. Sa grande âme indignée.
Sur les flots, son domaine, à jamais promenée, D’ouragans ténébreux bat le sinistre bord 10
Où son nom, ses vertus, n’ont point fléchi la mort.
Fragments. — I. Ce fragment, dont les onze premiers sers sont inédits, a été rertiGé sur le manuscrit, que nous devons à M. Emile Deschamps, et qui uc porte aucun titre. C’est une énumération des plus célèbres navigateurs. Peut-être ce fragment appartenait-il à l 'Hermès, peut-être aussi témoigne-t-il d’un Poème sur l'Amérique, Il fut composé à la fin dp 1793 ou au commencement de 1791 , six ans après les dernières nouvelles qu’on reçut de La Peyrouse, en 1788 (voy. v. 16).
V. 2. Cook, qui périt dans une des lies Sandwich, sous les coups des insulaires, qui l’avaient reçu amicalement lors de son premier voyage.
V. 9. L’âme de Cook, sur les flots , son domaine , a jamais promenée , rappelle l’ombre errante de Polvdore, au début de Y Hécube d'F.uripide.
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J'accuserai les vents et cette mer jalouse Qui retient, qui peut-être a ravi La Pevrouse.
Il partit. L’amitié, les sciences, l’amour Et la gloire française imploraient son retour. 15
Six ans sont écoulés sans que la renommée De son trépas au moins soit encore informée.
Malheureux ! un rocher inconnu sous les eaux A-t-il, brisant les flancs île tes hardis vaisseaux,
Dispersé ta dépouille au sein du gouffre immense? 20 Ou, le nombre et la fraude opprimant ta vaillance,
Nu, captif, désarmé, du sauvage inhumain As-tu vu s’apprêter l’exécrable festin ?
Ou plutôt dans une île, assis sur le rivage,
Attends-tu ton ami voguant de plage en plage ; 25
Ton ami qui partout, jusqu’aux bornes des mers Où d’éternelles nuits et d’éternels hivers Font plier notre globe entre deux monts de glace,
Aux flots de l’Océan court demander ta trace? Malheureux! tes amis, souvent dans leurs banquets, so Disent en soupirant : « Reviendra-t-il jamais ? »
Ta femme à son espoir, à ses vœnx enchaînée,
Doutant de son veuvage ou de son hyménée,
N'entend, ne voit que toi dans ses chastes douleurs,
Se reproche un sourire, et, tout entière aux pleurs, 35 Cherche en son lit désert, peuplé de ton image,
Un pénible sommeil que trouble ton naufrage.
Y. H». Toutes les éditions, par suite d’une lecture inattentive de M. de Latouche : DK ans sont écoulés sdn» que la renommé*.
V. î,1». f)*Entrernsteau\, qui était parti en 1701 à In recherche de La Peyrouse.
FRAGMENTS
Un lnca, racontant la conquête du Mexique par 1rs Espagnols, que le peuple prenait pour des dieux, s'exprime ainsi :
Pour moi, je les crois fils de ces dieux malfaisants Pour qui nos maux, nos pleurs, sont le plus doux encens. Loin d’être dieux eux-mème, ils sont tels que nous sommes, Vieux, malades, mortels. Mais, s’ils étaient des hommes, Quel germe dans leur cœur peut avoir enfanté Un tel excès de rage et de férocité?
('liez eux peut-être aussi qu'une avare nature !Va point voulu nourrir cette race parjure.
Le cacao sans doute et ses glands onctueux Dédaignent d’habiter leurs bois infructueux. 10
Leur soleil ne sait point sur leurs arbres profanes Mûrir le doux coco, les mielleuses bananes.
Leurs champs du beau mais ignorent la moisson,
La mangue leur refuse une douce boisson.
D’herbages venimeux leurs terres sont couvertes. is
Noires d’affreux poissons, leurs rivières désertes N'offrent à leurs filets nulle proie, et leurs traits Ne trouvent point d’oiseaux dans leurs sombres forêts.
II. — Ce fragment appartenait sans doute à nu Poème sur la conquête du Pérou , dont Fayolle dit avoir vu le plan dam les manuscrits d’André. Peut-être André se fût-il souvenu d’un passage de Valérius Flarcus, Jrg. 1, 598, où Borée s'écrie :
Pan g va quod ab arrr nefas, ait, Æole, vidl !
Graia notant fereo mol nu commenta ju veut us Prrgit, et logeât! gaudeju douta t apquora «rlo.
V. 8. Cette pensée est imitée de Malherbe, dans sa paraphrase du Psaume CXI.V : O qu’ils peuvent n'est rien ; ils sont ce que nous sommes.
Véritablement hommes.
Et meurent comme nous.
SUZANNE