SONNET VIII
TEINT de femme ayant trop repu, Teint qui reluit d'un soin frivole, Teint qui marque un sang corrompu, Où le fard s'attache et se cole ;
Teint où tout du pis qu'elle a pu A fait la petite vérole ; Teint labouré, chemin rompu :
Champ que la grêle enfin désole;
Teint grossier marqué de rousseurs.
Que je peus dire des douceurs; Teint d'une jaunisse incurable,.
Te voir est un fort grand malheur; Mais qui te rendroit la couleur Seroit encor plus misérable.
SONNETS SUR LA BEAUTE
Sur la Beauté.
SONNET IX
BEAU sein déjà presque remply, Bien qu'il ne commence qu'à poindre; Tétons qui ne font pas un ply, Et qui n'ont garde de se joindre;
De jeunesse ouvrage accomply, Que du fard il ne faut pas oindre.
Si l'un est rond, dur et poly, L'autre l'égale et n'est pas moindre.
Sein par qui les dieux sont tentez, Digne échantillon de beautez Que le jour n'a point regardées ;
Il garantit ce qu'il promet.
Et remplit toutes les idées Du paradis de Mahomet.
ET SUR LA LAIDEUR
Sur la Laideur.
SONNET X
PENDANTES et longucs mamclles Où les perles ni l'oripeau N'imposent à pas un chapeau, Molles et tremblantes jumelles;
Tétasses de grosses femelles A couvrir d'un épais drapeau; Peau bouffie et rude, moins peau Que cuir à faire des semelles ;
De vieille vache aride pis ; Que ne puis-je dire encor pis, D'un sein qui tombe en pourriture ?
Sein d'où s'exhale par les airs Un air qui corrompt la nature; Sein propre à nourrir des cancers.
SONNETS SUR LA BEAUTE
Sur la Beauté.
SONNET XI
TAILLE à charmer qui l'examine, Taille autour de qui sans dessein Des amours vole un tendre essein, A la beauté joignant la mine ;
Taille de personne divine Où tout est jeune, frais et sain, Taille qui n'exclud pas le sein, Quoique légère, aisée et fine ;
Taille riche pleine d'appas,
Et que les mortelles n'ont pas,
A qui nous rendons tous les armes ;
Heureux qui vous résistera.
Taille où brillent de si doux charmes.
Plus heureux qui vous gâtera.
ET SUR LA LAIDEUR
Sur la Laideur.